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/Par Viktoria Khomenko, journaliste d’Insider/
/Article paru sur theinsider.ua le 25 juillet 2014/
/Traduit par Diana Rousnak/
 

Akhtem Seïtablaev. Source de la photo : theinsider.ua

Akhtem Seïtablaev. Source de la photo : theinsider.ua

Le metteur en scène parle de la déportation des Tatars de Crimée, du cinéma de guerre, de l’État totalitaire et de sa dernière journée en Crimée

Des milliers de spectateurs sont venus sur la décente Lanjeronovskуї durant le festival à Odessa pour revoir le film sur la déportation des Tatars d’Akhtem SEЇTABLAEV.

En Ukraine Khaїtarma, premier film tataro-ukrainien, a été nommé le meilleur film de l’année passée. En Russie, ce drame de guerre a été récompensé par le Nika, prix prestigieux russe, comme le meilleur film des pays post-soviétiques.

En 1944 le gouvernement soviétique a pris moins d’une heure pour chasser les Tatars de leurs villages en wagons de marchandises. Les gens se tenaient debout. Ils mouraient. On jetait les cadavres des wagons en steppes.

Et en peu plus d’une heure, Khaїtarma parle d’un aviateur de chasse originaire d’Aloupka séparé de sa famille. Toute sa famille a été accusée d’avoir collaboré avec des fascistes. Par son histoire Akhtem SEЇTABLAEV raconte sa propre tragédie et celle de tous les Tatars de Crimée.

Pourquoi faire un film de guerre 

Khaїtarma, ce n’est pas seulement mon besoin à moi de « faire de la réclame » à une des histoires les plus tragiques de la vie de notre peuple. C’était le rêve de tout le peuple. Au fond, la vie elle-même a inspiré le sujet. En Crimée, il n’y a pas une seule famille qui aurait su éviter la déportation.

Le sujet de la déportation est assez clair et vrai étant tout à fait tragique. Nous avons juste voulu faire un film qui soit clair au grand nombre de spectateurs. Nous avons voulu regarder la situation d’au-dessus, c’est pourquoi nous avons fait le plus de prises de vues aériennes possible. Nous avons voulu raconter un tel état où on se sentait une partie de tout, et ce que ça faisait mal d’être arraché avec la chair de ce tout.

J’ai beaucoup entendu parler que notre film ressemblait à quelques exemples du cinéma poétique. Cela me fait plaisir. Et je considère comme un honneur que mon artiste bien aimé Vladimir Talachko a dit qu’il regrettait de ne pas se faire tourner dans notre film : « Tu sais, fiston, certaines épisodes m’ont rappelé le film Seuls les vieux vont au combat (ndt. un film patriotique de l’époque soviétique sur la Grande Guerre Nationale 1941 – 1945).

Mais je ne vise pas à tourner seulement des films de guerre. À présent, on travaille sur un nouveau film qui parlera d’une Tatare de 19 ans, Sélimé, sauvant des enfants juifs du régiment de massacreurs à Bakhtchyssaraï occupé de fascistes. C’est avant tout une histoire sur la mère et les enfants. Une histoire sur des gens véritables dans les situations de frontière.

Sur le besoin d’Ukraine des films de genre historique  

Si nous n’analysons pas le passé, nous sommes condamnés à le rencontrer dans l’avenir. Et ce cinéma de genre, comme drame historique ou de guerre, ce ne sont pas seulement des hommes déguisés en costumes ou la transmission de l’ambiance de cette époque-là. C’est un essai de frôler l’avenir sur les exemples des événements historiques.

Sur l’État totalitaire et sur la puissance de la voix des hommes de culture 

Dans l’État totalitaire, à dire vrai, dans la démocratie d’orientation fasciste qui est propagandée par monsieur Poutine, les hommes de culture ont sûrement un poids aux yeux de la société  — de plus, s’ils sont soutenus par les institutions gouvernementales.

Dans cet État donné, ils ont le droit d’éclaircir, de décorer et de porter au peuple les idées  exprimées par le « tsar-père ». Mais, avec ça, il y a d’autres hommes ayant une plus grand autorité à qui on prête également l’oreille, y compris en Russie.

Tout dictateur a envie que ses messages à la société ainsi qu’au monde entier soient reçus comme un bien. Je ne pense pas que les dictateurs connus comme Pinochet ou Hitler pensaient autre chose que « ce que je fais, je le fais pour le bien ». Cela se lit dans tous leurs énoncés, livres, postulats, prises de parole publiques. Je suis sûr qu’ils y croyaient sincèrement.

Et pour monsieur Poutine, il est également important, au moment où il est seul, de sentir et penser qu’il porte la lumière au monde. Mais c’est loin d’être vrai. Je pense que cela lui fait mal de savoir que les hommes de niveau de Kontchalovsky (ndt. scénariste, réalisateur, acteur soviétique et russe), Makarevitch (ndt. chanteur, compositeur soviétique et russe) ou Bassilachvili (ndt. acteur soviétique et russe) s’opposent à sa position. Ils s’opposent à ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine, à ce qui se passe en Russie même.

Sur le fait qui devrait chasser les films russe de la télé 

Le cinéma est, en général, un instrument de manipulation assez puissant. Voilà pourquoi aujourd’hui c’est ce moment-là (de plus nous comprenons bien que 90% de contenu à la télé s’était produit à la demande et à l’argent des chaînes russes) où il faudrait conclure un accord social entre les top-managers de télé, les agences de publicité et le comité d’état du cinéma. Et, du point de vue de la structure idéologique — éduquer le spectateur ukrainien sur ses « vedettes » et ses thèmes.

Cela pourrait être n’importe quel cinéma à condition qu’il soit mené à créer le mythe au plus haut terme. Il ne s’agit pas de « charovarchchina » (ndt. charovary = pantalon large : habit traditionnel des hommes ukrainiens. Le sarcasme employé en parlant de la culture semblable à la culture ukrainienne selon la forme, mais étrangère selon l’esprit). Qu’est-ce qu’on appelle « charovarchchina » ? La charte perdue,  peut-être ? (ndt. comédie soviétique, réalisée en 1972 par le réalisateur ukrainien Borys Ivtchenko dans le studio Dovjenko, le principal studio de production cinématographique en Ukraine, et basée sur les premières œuvres de Nikolaï Gogol). Non, on oserait même pas parler comme ça du film. Pourtant, c’est un film costumé, et les personnages principaux y portent des charovary. Le cinéma doit être varié. Contes, comédies, films sociaux actuels, ou bien sur le garçon qui a sauvé sept enfants de la maison en feu. Cela vaut également la peine de créer des « codes nationaux » à partir des histoires personnelles. Des hommes véritables et leurs actions, c’est sur cela qu’il faut tourner des films.

Sur sa dernière journée en Crimée

Quand le 26 février des « bonhommes verts » prenaient d’assaut le bâtiment du Conseil Suprême, on a tout de suite compris que c’était le début de quelque chose de plus important. J’ai une famille très grande : presque 200 personnes habitent actuellement en Crimée. Et mes deux enfants sont aussi là-bas. On s’écrit et se téléphone tous les jours. C’est clair que le premier désir était d’exporter mes proches de cette atmosphère de déprime et d’incertitude. Mais ils ont dit fermement :  « Nous ne sommes pas retournés ici pour quitter la Crimée de nouveau ».


Source : www.theinsider.ua

P.S. Ci-dessous le film en entier. Malheureusement, il est dans sa version originale sans sous-titres anglais ou français.

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