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/Par Stanislav Kmet, journaliste/
/Article paru sur OstroV le 24 avril 2014/
/Traduit par Oksana Kantaruk Pierre/

Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

Qu’est-ce qu’on propose au Donbass en réalité sous cette sauce de fédéralisation ? Est-ce qu’une réelle autonomie aidera la région si les forces la souhaitant devaient réaliser ce scénario ?

La nécessité d’une fédéralisation, proclamée et défendue depuis des semaines aux manifestations de la région de Donetsk est perçue par plusieurs habitants comme une vérité absolue. Selon un propagandiste allemand bien connu, le mensonge répété à plusieurs reprises devient vérité. Avec le discours de fédéralisation à Donetsk c’est la même histoire. Le discours que la Constitution doit être modifiée a été proclamé tellement de fois que l’on ne le met presque pas en doute. En même temps, sous la fédéralisation, les habitants de la région comprennent beaucoup de choses très différentes allant de l’autonomie jusqu’à l’indépendance de la région de Donetsk.

Qu’est-ce qu’on propose au Donbass en réalité sous cette sauce de fédéralisation ? Est-ce qu’une réelle autonomie aidera la région si les forces la souhaitant devaient réaliser ce scénario ?

Il est évident que même ceux qui nous proposent ce référendum hypothétique ne savent pas ce qu’il faut demander pour la région.

Les uns parlent de « l’autonomie budgétaire » : l’argent qui est gagné reste dans la région. Les autres parlent de l’autonomie politique et culturelle : élire les gouverneurs sur place, remplir les papiers administratifs uniquement en russe, vivre séparément de Kyïv. Il y a ceux qui sont convaincus que la fédéralisation est égale à l’indépendance et donc pour eux, Donetsk sortira de l’Ukraine de cette façon.

Qu’est-ce que la fédéralisation nous donnera au final ?

Il est très important de répondre à cette question maintenant pour ne pas avoir la même situation qu’en Crimée : tout le monde voulait rejoindre la Russie, mais quand ils ont compris que la saison touristique était annulée, et que les problèmes en approvisionnement des supermarchés avaient commencé, il était trop tard pour faire la marche arrière. Une fois que l’Ukraine passera à la fédéralisation, il ne sera plus possible de l’annuler.

Imaginons que sur la carte de l’Ukraine apparaisse cette république du Donbass dont les faux drapeaux sont brandis pendant les manifestations pro-russes par des hommes et des femmes aux allures sévères. L’autonomie inclut les régions de Donetsk et de Louhansk. Comment le niveau de vie changera-t-il ?

Durant de longues années, on faisait croire au Donbass que cette région nourrissait presque tout le pays. Et si le Donbass devenait indépendant, la région roulerait sur l’or. Mais si les politiques peuvent être populistes, les chiffres ne le peuvent guère : il s’avère que la région de Donetsk ne nourrit pas tout le pays, elle ne se nourrit même pas elle-même. La région perçoit des subventions du budget de l’État plus qu’elle n’y contribue. Il y a quelques jours, Sergueï Tarouta, le gouverneur de la région a mis les points sur les i.

Il a indiqué : « Nous pouvons produire beaucoup sans pour autant faire de bénéfices. Si nous prenons « L’Union Industrielle du Donbass » » (ndt. une des plus grandes holdings de l’Ukraine), nous avons beaucoup de production mais nous ne faisons pas de profits ».

Ainsi, une grande concentration de l’industrie dans la région ne signifie pas une puissance économique. Plutôt le contraire. Des dizaines de mines et d’usines non rentables, se trouvant à moitié en liquidation ne peuvent pas être inscrites dans l’actif de la région. Pendant les années de l’indépendance de l’Ukraine, il n’a pas été créé de secteur économique qui aurait pu devenir une alternative au secteur minier mourant. La fédéralisation n’aidera en rien. Il y a très peu de chance que quelqu’un ait envie d’investir dans les villages où vivent principalement les retraités et où toute l’infrastructure est détruite.

Bien sûr, dans la région, il y a des villes à qui le fédéralisme budgétaire profiterait : Marioupol, Kramatorsk, Donetsk, Artemovsk garderaient l’argent gagné et le réinvestiraient. Mais en quoi le fédéralisme budgétaire, profiterait-il à Konstantinovka, Debaltsevo, Zorinsk etc. où il n’y a presque plus d’industrie ? Quel argent ces villes veulent-elles garder si elles ne peuvent se passer de dotations ? Elles n’ont pas besoin de la fédéralisation, mais de nouvelles usines. Et cela, personne ne le promet.

Il est évident que l’annulation des dotations amènerait à la mort de ces villes, et la fédéralisation budgétaire est une utopie. Dans tous les cas, elles devront vivre des dotations. Qui deviendra leur sponsor ? Ce seront toujours Donetsk, Marioupol etc. Une question apparaît donc, en quoi cette fédéralisation est intéressante aux villes-donneuses de capitaux ? Personnellement, en tant que citoyen de Donetsk, cela m’est égal si l’argent de ma ville va à Jmerinka (ndt. une ville dans la région de Vinnytsia, Ukraine-centre) ou à Dzerjynsk (ndt. une ville dans la région de Donetsk). Il ne reste pas dans ma ville quoi qu’il arrive. Pourquoi alors commencer toute cette longue et coûteuse histoire de la fédéralisation ?

Mais le fond du problème repose dans une autre question. Qui organise cette fédéralisation ? Dans quel but ? S’il s’agissait des politiques honnêtes avec des idées claires, on pourrait encore prendre au sérieux les propos sur la fédéralisation. Mais quand on voit les noms de ceux qui ont initié « le projet », on commence à avoir de sérieux doutes sur l’objectif de la campagne (ndt. il s’agit principalement des hommes politiques trempés dans des histoires de corruption et de pots de vin, et dans l’organisation des jeunes criminels ayant terrorisé les manifestants de Maïdan).

Même le propriétaire de la baguette dorée (ndt. V.Ianoukovitch) nous parle de la fédéralisation. Il y a quelques mois seulement, il ne voulait rien entendre sur le sujet. Sous Ianoukovitch personne n’a eu l’idée du séparatisme. Rien n’empêchait le Parti des Régions de créer une fédération en 2011, 2012 quand ils étaient au plus haut de leur pouvoir. A l’époque il n’y avait pas de demande. Le peuple s’en moquait et les fonctionnaires corrompus pouvaient s’enrichir à travers les appels d’offre sans la fédéralisation. Aujourd’hui, l’objectif est très clair : obtenir une enclave criminelle en Ukraine où se réuniraient tous les politiques déchus qui ont mené le pays à cette crise sociale et à cette catastrophe économique.

L’objectif du Parti des Régions est évident. Mais, nous, les habitants du Donbass, pourquoi avons-nous besoin de transformer notre région en colonie des anciens communistes-voleurs et des criminels ? Ils ont déjà prouvé leur incapacité à diriger une économie. Pourquoi avons-nous besoin de conserver les anciennes lois sur notre territoire si elles n’ont apporté rien de bien ?

La fédéralisation n’apportera pas de croissance dans notre région si la corruption et le modèle économique inefficace restent de rigueur. Le Parti des Régions n’a pas tiré de conclusion de sa chute. Il ne reconnaît pas et ne voit pas ses erreurs. Le discours se compose des messages populistes derrière lesquels il n’y a pas de recettes réelles pour aider le pays. Les fables sur les bus de « banderivets » (ndt. les nationalistes) font rire mais ne feront pas de quoi manger. Surtout quand leurs auteurs voleront le budget local en les racontant.

L’argument de la répression de la langue russe ne peut plus marcher, seuls les personnes vraiment peu éduquées et facilement influençables peuvent être piégées. Il n’y a pas de répression des russophones à Donetsk, Louhansk. Le Secteur Droit ne viendra pas au Donbass. La répression de la culture russe n’est pas prévue. Les gens ne sont pas prêts à payer une armée de bureaucrates pour le statut régional de la langue russe. Une fédération veut bien dire d’autres lois mais aussi des gouvernements locaux, une autre chambre du parlement et encore une foule de fonctionnaires supplémentaires dont nous nous sommes bien passés auparavant. Avec quoi nourrir cette horde de bureaucrates dans un pays pauvre ?

Les passagers du Titanic alias le Parti des Régions font tout leur possible pour nous convaincre de la nécessité de la fédéralisation mais ce projet ne semble pas être attractif. La corruption, l’absence de l’État de droit, l’absence d’ascenseurs sociaux, ce sont là les problèmes de l’Ukraine. Et ils ne seront pas éliminés avec la fédéralisation. La conservation d’un régime à la Ianoukovitch dans l’Est de l’Ukraine ne fera qu’aggraver la situation de la région et freinera le développement de tout le pays. Cependant, il y a comme une supposition que les auteurs du « projet de la fédéralisation » en ont besoin.

Et nous ?


Source : ostro.org

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