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/Par Vitaly Portnikov, journaliste et publiciste ukrainien/
/Article paru le 28 février 2014 sur newsru.ua/
/Traduit par Mariana Prokopiuk/

Photo © Andriy Shevchuk

Photo © Andriy Shevchuk

« Il reste encore à faire quelques pas de plus sur la terre de Crimée balayée par tous les vents, et les russes deviendront pour les ukrainiens des occupants ».

Ça fait mal de voir comment les ambitions de deux politiciens vaniteux, Vladimir Poutine croyant en sa mission impériale et Viktor Ianoukovitch s’accrochant aux restes de son pouvoir, sont en train de démolir la compréhension entre deux peuples qui me sont proches. Cela ne fait pas mal au sens politique, mais au sens physique. Il reste encore à faire quelques pas de plus sur la terre de Crimée balayée par tous les vents, et les russes deviendront pour les ukrainiens des occupants. Pas Poutine, pas Medvedev, pas Choïgou (ministre de la Défense russe, NDLR), mais les russes ! Tout comme les russes et non Staline qui étaient les occupants de la Lettonie ou de l’Estonie. Tout comme les russes et non Brejnev avec Podgorny qui étaient les occupants de la Tchécoslovaquie.

Je me souviens encore de la honte douloureuse que je ressentais dans les années 80-90 quand j’ai parlé en russe dans les commerces de Tallinn ou Prague. Honte à cause du regard tourné vers moi. Honte à cause d’un reproche silencieux d’une personne, dont le peuple a été forcé de battre en retraite devant les chars déchaînés et de garder sa liberté dans le cœur. Peut-être pour moi qui ne suis pas russe, c’était plus difficile que pour les russes qui s’identifiaient avec l’occupation et étaient fière d’elle. Mais en fin de compte, ce n’est pas une question d’origine. C’est une question de conscience.

Oui, en Ukraine on parlera toujours russe, mais de moins en moins. Et pour les citoyens ukrainiens, cette langue russe n’aura rien en commun non seulement avec l’État russe, mais elle n’aura rien en commun avec la culture russe, la littérature, l’histoire – comme ça arrive toujours dans les pays qui résistent à l’agression. Les ukrainiens – quelles que soient leurs origines – feront sortir d’eux-mêmes, goutte par goutte, non seulement l’esclave, mais cette relation séculaire avec la Russie qui les a humiliés et trahis.

Et puis l’Ukraine va s’épanouir, guérir ses blessures, oublier les territoires saisis et, comme cela arrive souvent dans les pays heureux, va attirer les touristes russes qui viendraient vivre au moins quelques jours dans la dignité, puisque c’est impossible chez eux. On sera sympas avec eux, ils vont s’étonner qu’on parle russe librement avec eux et qu’il y a des monuments de Pouchkine et Boulgakov.

Mais ici, ils seront des étrangers. Complètement. Étrangers pour toujours.


Source : rus.newsru.ua

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