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« FOLK FOR THE PEOPLE », un projet collaboratif musical au profit de Maïdan, ou quand la musique et internet font bon ménage pour une cause commune.

Folk For The People
Couverture de la compilation

Interview de Mich ROZEK, un Belge francophone d’origine ukrainienne, qui a lancé une idée folle début mars 2014, de rassembler des groupes de la scène folk alternative d’Europe et du Canada dont il fait partie avec son groupe Rastaban, pour la réalisation d’une compilation téléchargeable au profit des victimes de Maïdan. En six jours, le projet s’était déjà quasi goupillé avec 35 réponses positives, dont des groupes majeurs ukrainiens comme DakhaBrakha ou Haydamaky.

Mich Rozek répond aux questions de Chroniques ukrainiennes

mich rozek

– Comment avez-vous eu l’idée pour cette compilation ? Quel est l’objectif de cette compilation ?

Elle est venue tout simplement en discutant avec des amis musiciens sur Facebook, alors que très touché par le véritable massacre survenu sur Maïdan, je voulais absolument faire quelque chose à mon niveau en tant que musicien pour aider les victimes. Alors que l’on partait sur l’idée d’un mini-festival, mon ami Rusmir du groupe Faerydae des Pay-Bas à lancé l’idée de la compilation. Ayant déjà participé à ce genre de projet pour d’autres causes, cela m’a semblé le plan idéal pour mettre quelque chose en place à moindre frais et le plus rapidement possible.

L’objectif de la compilation est donc de tout simplement récolter des fonds pour aider aussi bien les victimes qui doivent encore recevoir des soins ou de lourdes rééducations ainsi que les familles des disparus qui doivent faire face à de sérieux soucis financiers. La situation économique désastreuse de l’Ukraine ne fait que renforcer l’urgence d’intervenir pour les aider. Un nombre important d’enfants se retrouvent orphelins de père, sans chef de famille pour subvenir à leurs besoins. Après avoir cherché des infos dans la diaspora ukrainienne et sur place, j’ai finalement choisi EuromaïdanSOS pour gérer cette aide. Leur manière de travailler me semblait bien transparente, concrète et efficace. On va pouvoir bientôt leur transférer la première tranche des bénéfices de la compilation, qui est sortie il y a quelques jours.

– Pouvez-vous dire quelques mots sur le groupe où vous jouez ? Vos collègues vous ont soutenu dans votre initiative ?

Je suis batteur-percussionniste du groupe belge Rastaban. On définit notre style comme du folk tribal, mélangeant des influences qui vont de la musique celtique ou nordique aux chants médiévaux ou aux mélodies slaves ou balkaniques. On a un son très pan-européen on pourrait dire, mais avec une touche tribale et primaire très communicative, et une énergie rock tout en restant dans la musique acoustique. Le plus simple est peut-être d’aller nous découvrir via ces liens :

www.facebook.com/rastabanmusic

www.reverbnation.com/rastabanmusic

www.youtube.com/rastabanmusic

Mes amis du groupe ont clairement montré leur totale solidarité quant au projet, et m’ont beaucoup aidé à sa mise en place, surtout Dominic, notre guitariste, qui a été d’un grand secours pour pas mal d’aspects pratiques et techniques. Nous formons une grande famille, et quand un projet de ce genre voit le jour, on se sert clairement les coudes.

Rastaban - Photo © Niiv Photography

Rastaban – Photo © Niiv Photography

– Comment avez-vous trouvé des artistes pour votre compilation ? Les artistes ont-ils rencontré votre proposition avec l’enthousiasme ?

C’est un grand réseau de solidarité et d’amitié qui s’est mis en place. J’ai tout simplement lancé l’appel à contribution sur Facebook, et les choses se sont mises naturellement en place. Je connais personnellement la grande majorité des groupes ayant contribué. La scène folk alternative du nord de l’Europe est assez confidentielle, mais c’est en grand réseau ou tout le monde connaît tout le monde. Au final, on s’est retrouvé avec 35 groupes d’un peu partout en Europe et même du Canada. J’ai même dû refuser certaines contributions pour que cela reste gérable.

J’ai également contacté personnellement certains groupes que je considérais comme importants pour le projet, dont des groupes ukrainiens que je savaient très impliqués dans les événements du Maïdan, comme Haydamaky ou DakhaBrakha. J’ai également contacté le groupe the Ukrainians, qui est vraiment un groupe mythique pour tous les ukrainiens de la diaspora. Ceux de ma génération ont littéralement grandi avec leur musique. Les avoir sur la compilation fut un vrai bonheur.

– Comment s’est fait l’enregistrement des chansons ?

La plupart des morceaux étaient déjà enregistrés, chaque groupe devait simplement m’envoyer le fichier audio du morceau qu’il avait choisi. Quelques groupes étaient encore en phase d’enregistrement, j’ai donc laissé deux semaines aux groupes pour finaliser leur morceau. Quelques groupes ont également enregistré un morceau exclusivement pour le projet.

– Avez-vous un message de quelqu’un qui vous a remercié pour votre initiative qui vous a particulièrement touché ?

Les messages les plus touchants restent quand même ceux venant des Ukrainiens eux-mêmes, qui ont parfois sans doute l’impression que le reste du monde les abandonne à leur sort. Certains m’ont vraiment donné la larme à l’œil.

– Êtes-vous déjà allé en Ukraine? Si oui, où ? Qu’est-ce que vous avez aimé ? Pas aimé? Si non, comptez-vous vous y rendre un jour?

J’ai été en Ukraine une seule fois, je devais avoir treize ans. Je faisais partie d’un groupe de danses ukrainiennes, et on avait fait un échange avec un groupe de Donetsk, mais mes souvenirs restent assez vagues.

Je n’ai par contre jamais visité la région de Lviv, d’où ma famille est originaire. Il faut dire que nos racines remontent à très loin, à l’époque austro-hongroise encore. Au XIXe siècle, m’a famille s’est installée sur le territoire de l’actuelle Bosnie, comme beaucoup de familles ukrainiennes. Je suis de mon côté la première génération à être née en Belgique. Mon papa étant à moitié croate, et ma maman née en Serbie, on a toujours vécu dans ce mélange de cultures, sans jamais oublier nos racines ukrainiennes. J’ai d’ailleurs toujours parlé ukrainien avec mes grands-parents (langue que je ne maîtrise plus que de manière basique et uniquement à l’oral), j’ai été baptisé à l’église gréco-catholique ukrainienne, et les grandes fêtes comme Pâques ou Noël ont toujours été célébrées à la mode ukrainienne. J’espère donc quand même un jour visiter cette Ukraine de l’Ouest que mes ancêtres ont quittée il y a bien longtemps.

– Avez vous financé tout seul ce projet ?

La seule chose que j’ai dû investir, c’est du temps, avec l’aide de quelques amis. Pour le reste, aucun investissement financier n’a été nécessaire. C’est tout l’intérêt d’un projet de compilation téléchargeable pour une cause caritative: à part les frais de commission minimes du site de téléchargement et du service de paiement en ligne, il n’y a pas de coûts financiers ni de charges, et encore moins de risques ou d’investissements financiers à faire. Chaque groupe offre un morceau, et ensuite, il n’y a plus qu’à les mettre en ligne et transférer les bénéfices à l’organisation choisie une fois les ventes effectuées. Cela aurait été beaucoup plus compliqué si on avait choisi la formule du CD physique, qui aurait été beaucoup plus chère, plus longue à mettre en place, sans aucune garantie de pouvoir en retirer un bénéfice pour la cause. Ici, en à peine 4 jours depuis la mise en ligne de la compilation, nous avons déjà rassemblé plus de 1400 euros.

La finalité du projet est d’apporter des fonds aux fondations aidant Maïdan ?

Le but est vraiment d’aider les victimes et les familles. Soigner les blessés, les aider dans leur rééducation, et aider financièrement les familles des disparus qui sont dans le besoin. 

EuromaïdanSOS nous semblait à ce niveau le meilleur interlocuteur via son fond destiné spécifiquement à cette tâche.

– Avez-vous d’autres projets en tête ?

Pas vraiment à l’heure actuelle, en tout cas pas au niveau de l’aide que l’on pourrait apporter à l’Ukraine à notre niveau. On va déjà voir comment ce projetci va se dérouler, mais vu les premiers résultats, j’ai bon espoir. Pour ceux qui voudraient nous soutenir en achetant la compilation, ils peuvent se la procurer via ce lien :

http://folkforthepeople.bandcamp.com/releases

J’ai également créé un événement Facebook pour informer les gens de l’évolution du projet et de ses résultats. Il suffit de se joindre à cet événement pour être tenu au courant de tout ça :

https://www.facebook.com/events/618570681562266/

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