Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone

/Par Serhiy Tkatchenko, président du Comité des électeurs de la région de Donetsk, membre du Comité des forces patriotiques du Donbass/
/Article paru sur Insider le 21 mars 2014/
/Traduit par Mariana Prokopiuk/

Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

La menace extérieure de la part de la Russie a uni à Donetsk un grand nombre de personnes aux points de vue différents. Nous devenons citoyens de notre pays. Cela donne l’espoir que Donetsk était, est et sera une partie de l’Ukraine.

En parlant de la situation dans l’est de l’Ukraine, ce serait un euphémisme de l’appeler une crise sociale et politique.

Il s’agit d’une crise globale qui a affecté les zones les plus profondes et les plus secrètes de la sphère des relations humaines – valeurs, perspectives, confiance entre les gens.

Malheureusement, d’après mes observations, les deux émotions principales qui dominent les gens à Donetsk ces dernières semaines, ce sont l’agression et le désespoir.

La plupart des habitants de l’Est n’ont pas appris, ne savent pas et pour l’instant ne veulent pas compter en premier lieu sur eux-mêmes, faire leurs propres conclusions en s’appuyant sur leurs propres valeurs, sentiments et convictions.

Le paternalisme hérité de l’époque d’URSS n’a pas disparu. Il est plus facile pour nous de nous confier à quelqu’un que nous connaissons, qui a un certain statut et bénéficie d’une attention particulière que ce soit la télévision, le parti, le maire, le gouverneur ou bien le voisin au lieu de faire une analyse indépendante de tout ce que nous voyons autour de nous et d’en tirer des conclusions très simples.

Les gens sont constamment à la recherche d’un appui extérieur et ne peuvent pas rester longtemps dans un état d’incertitude. Et cela a parfaitement servi à ceux qui manipulaient la conscience des millions.

Au cours des dernières décennies, le système de la propagande pro-gouvernementale dans la région de Donetsk était si efficace et globalisant, que la conscience de notre peuple à ce stade n’est qu’un « alliage solide » de stéréotypes, préjugés et « mèmes Internet » (ndt. utilisé pour décrire un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur internet) qui évoquent des émotions incontrôlables, stimulent certaines actions inconscientes et le plus important – ne permettent pas à la personne de penser et d’évaluer objectivement la situation.

On nous dit des «Banderivtsi » – et on est prêts à défendre un bâtiment administratif contre un « Chupacabra » (ndt. une créature imaginaire) inconnu que personne n’a vu mais dont tout le monde a peur.

On nous dit le « fascisme » et nos yeux deviennent tous rouges. Il est très facile de vivre avec cette conscience : il y a le noir et le blanc, il y a les « nôtres » que nous soutenons à tout prix, et il y a des ennemis contre lesquels nous luttons. Si quelque chose reste incompréhensible, on attend pour de nouvelles instructions.

Au cours des dernières décennies, le système de la propagande pro-gouvernementale dans la région de Donetsk était si efficace et globalisant, que la conscience de notre peuple à ce stade n’est qu’un « alliage solide » de stéréotypes, préjugés et « mèmes Internet » qui évoquent des émotions incontrôlables, stimulent certaines actions inconscientes et le plus important – ne permettent pas à la personne de penser et d’évaluer objectivement la situation.Et soudainement, des appuis extérieurs considérés par la plupart des habitants de l’Est comme éternels ont disparu d’un coup. En un jour le bien-aimé « batia des millions » (ndt. Papa. Souvent utilisé pour appeler Ianoukovith) est devenu le corrompu et l’assassin principal, a reçu une marque d’infamie d’un tyran et a été envoyé « aux poubelles de l’histoire ». Le même sort a été attendu pour les partis préférés, hommes politiques, représentants du gouvernement. Au lieu de tous ces « déchets » dans la tête des gens s’est formé un grand trou noir avec un tas de questions : « Qu’est-ce qui nous attend ? », « Qui peut-on croire », « Comment vivre maintenant ? »…

Le monde autour change tellement vite que les gens n’arrivent pas à suivre les événements sans mentionner le fait qu’il faut encore les interpréter et en tirer des conclusions. Toute cette incertitude se transforme périodiquement en panique, qui devient alors un sentiment d’impuissance et d’insécurité devant le monde extérieur.

La seule conclusion correcte et le moyen de sortir de cette situation pour les résidents de l’Est consiste à se calmer et à commencer à avoir leur propre avis.

Autant que cela puisse paraître banal, Ianoukovitch et le Parti des régions c’est un produit de notre esprit. Si nous ne changeons pas nous-mêmes et notre attitude envers la vie et le monde extérieur, à la place de Viktor Ianoukovitch dans nos têtes paraîtra Ivan Petrovitch et à la place du Parti des régions – un autre parti qui va nous dire comment vivre, qui aimer et qui détester. Un lieu saint n’est jamais vide.

Nous devons d’abord apprendre à nous faire confiance, à sentir notre propre pouvoir et l’importance. Personne ne va pas résoudre nos problèmes à notre place et améliorer nos vies. Nous devons chercher des gens qui pensent de la même façon, se réunir et défendre nos intérêts. Rappelez-vous que tout acte volontaire, même très petit – est le remède principal contre le sentiment d’impuissance et de peur.

Même actuellement, la menace extérieure de la Russie a uni à Donetsk un grand nombre de personnes aux points de vue différents, aux préférences politiques différentes, avec une vision différente de la façon dont nous devons développer notre pays, mais avec un objectif commun – nous voulons vivre dans un pays uni.

Le 5 mars sur la place Lénine à Donetsk lors de la manifestation j’ai vu pour la première fois sous les drapeaux ukrainiens des représentants du Parti des régions et de « Svoboda», des journalistes et des fonctionnaires, des hommes d’affaires et des ouvriers ordinaires. Cette unité et la compréhension que l’Ukraine pour nous tous est une grande valeur commune que nous avons cherchée pendant des décennies.

Actuellement, il y a de moins en moins de choses qui nous divisent. Il y a de plus en plus de personnes qui manifestent leur solidarité, prêts à aider, sacrifier leur temps et leurs ressources. Nous devenons citoyens de notre pays. Cela donne l’espoir que Donetsk était, est et sera une partie de l’Ukraine.


Source : theinsider.ua

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone