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/Par Serghiy Rakhmanin, journaliste/
/Article paru le 14 mars 2014 sur Dzerkalo tyzhnia/
/Traduit par Oksana Kantaruk Pierre/

Photo © Petr Shelomovskiy

Photo © Petr Shelomovskiy

Je viens de passer voir un copain à son travail. Sur son bureau, au-dessus des photocopies, des paquets de cigarettes froissés, des clés USB, il y avait un vieux manuel «Guide des mitrailleuses Kalachnikov 7,62 mm ». Un petit calendrier avec une fille portant une couronne de fleurs servait de marque page et était en total décalage avec le sombre titre du bouquin. Ma curiosité m’a emporté et j’ai ouvert la page : « Chapitre 2 : les règles et les normes de l’utilisation des mitrailleuses ». « Je me rafraîchis la mémoire, dit-il, j’ai été canonnier ». Il l’a prononcé calmement, sans être gêné ni pathétique. Sur le ton de la personne qui a décidé de mettre à jour les compétences dont elle aura besoin dans un avenir proche.

La peau dans laquelle nous apprenons à vivre

La veille, je passais boire un café chez un couple d’amis. Sur le canapé, il y avait un certain nombre d’objets caractéristiques. Les photocopies des papiers emballés avec du film imperméable, des bougies, des briquets, des piles, une trousse de médicaments, des chargeurs, une tasse en métal…Je me suis rendu compte que cela n’a pas provoqué une réaction particulière de ma part. C’est comme si j’avais vu une peluche ou un plaid disposé là, naturellement. « Un sac à dos d’urgence ?», était ma question rhétorique. « Ouais… », a acquiescé mon ami avec un léger sourire en se frottant le poignet sur lequel on lisait un tatouage « In Re ». « Tu as des news ? », m’a demandé sa femme. Elle n’a pas précisé de quoi il s’agissait. Plus besoin. Dans sa voix, on n’entendait pas de panique, de lueur d’espoir, de peur. En m’écoutant elle rangeait sa trousse de secours. Calmement. Comme tous les jours. De cette même manière, après le travail, son mari se rendait sur les barricades. Sans cagoule et sans batte de base-ball mais avec un gilet pare-balles payé une fortune et son casque de moto.

« Est-ce que t’y crois, toi ? T’y crois que ça se passe avec nous, maintenant et que demain… ». Ces questions maudites, je les ai entendues des dizaines de fois. Tous les jours, les mêmes personnes m’ont posé ces mêmes questions. Mais depuis peu, on ne les pose plus. La prise de conscience de ce qui se passe m’a « rafraîchi » le cerveau qui chauffait à cause de la quantité des informations et de l’overdose des émotions. La compréhension froide a pris la place. Dans ce pays, il y a de plus en plus de gens qui se préparent à la guerre. Calmement. Tous les jours. Sans pleurs et patriotisme acharné. Ils sont nombreux. Sont-ils nombreux ? Je pense que oui, en tout cas suffisamment pour contaminer avec leur confiance ceux qui ne le sont pas encore suffisamment. Il suffit d’un seul hystérique pour faire paniquer plusieurs dizaines. Les milliers de ceux qui ont réussi à se maîtriser servent de soutien aux millions qui en ont besoin.

Par cet hiver de révolution, il y a eu assez de gens convaincus et courageux pour casser un régime qui se cachait derrière les tireurs qui eux, n’étaient pas sûrs de la justice de leur mission. Le peuple a gagné la première guerre contre l’Etat car ce premier a compris que la force est justifiée quand il s’agit de combattre un tout-puissant avide de sang. Le premier sang versé de la rue Hroushevska (ndt : 19-20 janvier) a renforcé la conviction. Le sang a nettoyé les cœurs de la terreur philistine, qui apparaissait avec l’apparition des cocktails Molotov. Aux yeux des gens de l’Est de l’Ukraine, le sang a lavé et a donné un nouveau sens à cette devise « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! » (ndt : il est communément admis qu’il s’agissait d’un slogan des nationalistes) en la transformant en mât de l’étendard jaune-bleu qui est devenu un véritable emblème national pour les nombreux habitants de Donetsk, Kharkiv et Odessa. Il est devenu une arme, seule accessible, pour les militaires de Belbek (ndt. les militaires ukrainiens ont marché dans l’aéroport de Belbek pris par les militaires russes en brandissant le drapeau ukrainien et le drapeau de l’armée soviétique en chantant l’hymne de l’Ukraine, suite à quoi ils ont pu reprendre leurs postes de travail).

Le sang a aussi transformé les messieurs Tout-le-monde qui connaissent peu l’œuvre de Mao (la révolution n’est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie). Le sang a fait remplacer les canapés par les barricades et les télécommandes par les pavés pour ceux qui n’ont pas lu la Déclaration des droits de l’Homme : le droit à la révolte en suprême recours contre la tyrannie et l’oppression. Paradoxalement, le sang des victimes du combat contre le despotisme est devenu un coagulant efficace ; et est devenu le meilleur moyen de combattre le régime sanguinaire prêt à noyer le soulèvement dans un bain de sang.

Le régime de Ianoukovitch était condamné après les premiers morts. Contrairement aux attentes, les morts n’ont pas fait peur. Bien au contraire, l’escalade de la violence a mobilisé et a amplifié la résistance. Dans la littérature scientifique on dit que l’affaiblissement de légitimité est une conséquence directe de la pression violente des autorités. Sa légitimité, le fugitif l’a perdue quand Jiznievski et Nigoyan ont été tués. Donc bien avant sa lettre. Il a signé lui-même sa sentence quelque part à Rostov-sur-le-Don, sa sentence humaine et politique.

Dans la nuit du 18 au 19 février, quand les forces de l’ordre attaquaient les dernières barricades, je voyais de nombreux « héros » en camouflé s’enfuir. Mais vers eux se dirigeaient des hommes d’âges différents, sans armes. Ils marchaient derrière les boucliers en bois avec des pneus fumants pour arrêter les soldats de l’armée et les berkouts qui accouraient vers la Maison des Syndicats en flammes (ndt : le QG de l’EuroMaïdan avant l’incendie). Ils marchaient calmement. Vers une mort éventuelle. Comme s’ils allaient au travail. Mon ami était parmi eux.

Son tatouage dit : « In Re ». « C’est du latin, explique-t-il, cela veut dire « dans la réalité ». Je l’ai vu dans un bouquin. C’était la devise d’un chevalier. Je ne sais pas ce que le chevalier mettait derrière mais c’est un rappel pour moi qu’il faut garder les pieds sur terre. » Quand les morts sont devenues une réalité, j’ai compris que l’utilisation des cocktails Molotov étaient une réponse à la réalité.

La victoire de février l’a confirmé. Elle a renforcé l’habitude de compter sur soi-même, a multiplié la confiance en ses propres ressources. La peau de Chagrin de l’espoir est devenue, durant ces mois, une véritable armure de l’assurance d’avoir raison. Le gilet pare-balles devient une nouvelle peau dans laquelle nous apprenons à vivre.

Le pays vit dans l’attente d’une guerre. Sa venue devient une réalité. On ne la veut pas, et on s’y prépare. Des milliers. Calmement. Tous les jours. Sans considérer les autorités inaptes.

« Les nôtres se préparent longtemps mais leurs tirs sont précis », c’était la blague d’un de mes chef dans l’armée, originaire de Dniepropetrovsk. J’ai entendu dire qu’il est mort en Tchétchénie. Pour la Patrie ?

Snipers, tireurs, fantômes

Plus je connais les hommes politiques plus je respecte les électeurs. Ce n’est pas que l’EuroMaïdan a changé radicalement les gens. Ils ont simplement eu l’occasion de se souvenir qu’ils sont des Hommes, de rappeler aux autres qu’ils sont des Hommes. Nous avons appris à remarquer les gens. Voir les êtres humains en eux. Beaucoup se sont découvert des côtés méconnus. Je me suis trouvé moi-même. Dans le combat, dans le sauvetage, dans la sympathie. Les nombreuses versions conspirationnistes n’annulent pas l’essentiel : les gens cassaient les projets technologiquement fins. Des héros hypothétiques se révélaient être traîtres, des victimes potentielles se révélaient être vengeurs, des moutons se révélaient être de vrais lions.

Nous sommes nombreux à avoir tué l’esclave en nous. A jamais. Et maintenant nombreux sont ceux qui observent la mort douloureuse du complexe de « petit frère » (ndt : l’Etat russe parle souvent de l’Ukraine en utilisant ce terme). Les signatures des artistes russes ont fait plus pour ça que les traces des chars qui ont amené des milliers de militaires « inconnus » (ndt : il s’agit de la lettre de soutien à V.Poutine signée par des acteurs, des écrivains etc.)

Ianoukovitch a réveillé notre dignité. Poutine réveille le patriotisme. Et ce, contrairement à leur projet initial dont la réalisation a simplifié la compréhension des choses. Les « fascistes » sauvages ont désigné de vrais fascistes. En utilisant « les bonhommes verts », l’occupant du Kremlin a voulu ridiculiser le monde entier, mais finalement c’est lui, le saltimbanque. En appuyant les séparatistes, il risque de faire sortir le mauvais génie de sa lampe. Mais ça, c’est son problème. Nous, on a les nôtres. Et c’est à nous de les résoudre. Et nous y arriverons. La seule question c’est le temps et le prix à payer. Parce que les responsables de la prise des décisions ne savent pas apprécier le temps et pensent ne pas avoir de prix.

Quand Maïdan s’est transformé de Sitch (ndt : le centre des Kosaques ukrainiens aux XVI-XVIIème siècle) en musée, des pillards sont arrivés des recoins de la cuisine. Des racailles se font passer pour de Robin des Bois. Des rats se font passer pour des héros. Tandis que de vrais héros continuent à se battre. Pour des blessés, pour ceux qui sont pris en otage par des bandits. Pour le pays. Maïdan a commencé l’assainissement et sert de prologue pour la catharsis.

A la place de la purification nous avons obtenu un nettoyage cosmétique, à la place de la lustration la chasse aux fantômes. Les incendiaires sont en sécurité. Pensez-vous que les institutions compétentes ne savent pas où se trouve Andrii Kliuev (ndt : un homme politique, membre du Parti des Régions, directeur du cabinet de Ianoukovitch jusqu’au 25 février 2014, soupçonné d’avoir organisé les dispersions violentes des manifestants). Est-ce que vous ne savez pas pourquoi Sergiy Kliuev (ndt : le frère de Andriy Kliuev), le propriétaire de Mezhyhirya (ndt : l’ancienne résidence de Ianoukovitch) se balade à la Rada (ndt : parlement urkainien) et crée un nouveau groupe parlementaire ? Est-ce que vous croyez que Klintchaev est le véritable organisateur des provocations et heurts à Lougansk ? Qui est le plus dangereux, Dobkine (ndt : l’ancien gouverneur de la région de Kharkiv, soupçonné d’avoir dirigé les « titoushki » et d’avoir initié les manifestations séparatistes) ou Medvedtchouk (ndt : un homme politique ukrainien très proche de Poutine ; très influent du temps de Koutchma, deuxième Président de l’Ukraine) ? Ce dernier n’est parti nulle part. Certains disent qu’il rencontre le Président par intérim, d’autres disent qu’il négocie avec Poutine au nom de l’Ukraine.

Citer Churchill c’est à la mode en ce moment. « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre ». Cette phrase est devenue un véritable « mème ». Mais il y a deux autres expressions qui sont tout aussi d’actualité. « La guerre est une liste d’erreurs et d’échecs ». « La responsabilité c’est le prix à payer pour le pouvoir ».

Chaque personne qui a été à Maïdan a son propre jour, le jour où elle a eu véritablement peur. Le matin du 20 février j’ai compris moi-même ce que cela voulait dire «le froid de l’intérieur ». Cela ne fait même pas un mois, mais j’ai l’impression que c’était dans une autre vie. Je me souviens de la peur dans les yeux des hommes politiques de l’opposition qui étaient derrière la scène et attendait l’attaque d’une minute à l’autre. Je me souviens du soulagement qui est survenu juste après l’annonce de l’ouverture de la session au parlement. Peut-être y avait-il encore ceux qui espéraient trouver une solution pacifique dans la salle de la Rada et éviter le bain de sang. Mais une seule envie se lisait dans les yeux de plusieurs parmi eux : quitter cet endroit plein de corps qui risque de se transformer en charnier. Est-ce que j’ai le droit de les juger ? Pour ça, non. Il est compliqué d’exiger un exploit de quelqu’un. Mais j’ai le droit de les juger pour ce qui est arrivé après. Contrairement aux discours sur la mobilisation face à l’ennemi commun, on ne critique pas « les siens » et cetera.

Parce que je me souviens les yeux froids de ceux qui sont restés à Maïdan une fois que les politiciens sont rentrés dans la salle du parlement. Les snipers travaillaient encore, les médecins portaient les blessés, les prêtres chantaient des liturgies aux funérailles, les défenseurs se préparaient au dernier combat. Calmement. Comme tous les jours. Le froid de mon cœur est parti dans la tête. Il y a eu une compréhension claire : les autorités ont perdu (Ianoukovitch l’a compris parmi les premiers, il a commencé à faire ses bagages bien avant la signature de l’accord du 21 février) ; cet accord miteux entre l’opposition formelle et les autorités formelles ne changera plus rien ; ceux qui arriveraient en vainqueurs joueront avec les destins du peuple et perdront le pays.

Je voulais m’être trompé. Je ne doute pas de l’honnêteté d’un certain nombre de personnes parmi les nouveaux. J’ai mal car elles se font utiliser, elles sont allées dans « la salle » et ne sont pas restées à Maïdan où elles feraient plus et seraient plus utiles. Le moment exigeait des actions décidées, des personnes courageuses, des spécialistes et des leaders mais sans quotas traditionnels, sans intrigues, sans échanges douteux, sans expérimentations et sans pleurs.

La population se transforme en nation à la vitesse de lumière. L’évolution des hommes politiques est malheureusement très lente.

C’est comme si Churchill était là : les erreurs et les échecs des politiques sont devenus la vraie raison d’une guerre petite mais sanguinaire au centre de la capitale. « la démonstration de la force de l’opposition fera peur aux autorités », « La démonstration de la force de l’opposition empêchera les autorités de donner l’ordre de tirer », « La politique de la pression contrôlée, de la paix forcée est meilleures que celle de l’attente », « L’utilisation de la force est inévitable, il vaut mieux s’y préparer ». Tels étaient les arguments des gens lucides, ils les avançaient aux leaders de l’opposition cet hiver. Avant le 19 janvier et le 18 février. « Nous ne sommes pas prêts à la guerre », « Nous ne pouvons pas prendre la responsabilité pour des victimes », « L’Occident n’arrête pas de nous répéter qu’il faut éviter que le sang coule ». Tels étaient les contre-arguments des « leaders ».

Son tatouage dit : « In Re ». « C’est du latin, explique-t-il, cela veut dire « dans la réalité ». Je l’ai vu dans un bouquin. C’était la devise d’un chevalier. Je ne sais pas ce que le chevalier mettait derrière mais c’est un rappel pour moi qu’il faut garder les pieds sur terre. » L’Occident ne s’est montré que lorsque Maïdan s’est élargi vers d’autres régions, quand les blessés et les tués sont devenus des statistiques. Et maintenant l’Occident s’est montré quand la Crimée a été annexée de facto. Sans beaucoup d’espoir vers le retour rapide et indolore. Après les événements de la rue Hroushevska (ndt : les premiers heurts et les premiers morts du 19 janvier) les autres victimes allaient arriver, c’était évident. Les autorités n’avaient plus de chemin de retour. Cependant les victimes auraient pu être moins nombreuses. Si la rue avait senti le véritable soutien des leaders de l’opposition. Mais aucun parmi eux n’avait de tatouage « In Re ».

Je ne peux que deviner où étaient planqués les snipers et qui leur donnait des ordres. Mais je suis convaincu que ces assassinats étaient décidés et prédéterminés. Le système n’avait aucun autre moyen d’arrêter le soulèvement. Ceux qui sont arrivés après sont aussi coupables, en partie, pour la construction de ce système. Les snipers sont aussi planqués dans les têtes de ceux qui s’appellent « kamikazes » mais espèrent rester pour longtemps (ndt : A.Iatseniuk a dit que le gouvernement actuel c’est le gouvernement de « kamikaze », qui n’a pas d’avenir politique tellement la situation est difficile).

La distribution des mandats sous le manteau n’est pas passée de mode. Les organisateurs, les assassins, les commanditaires quittaient Kyiv sans trop de soucis : les uns grâce à l’inattention des nouvelles autorités, les autres par les moyens « commerciaux », soyons honnêtes. La rue, les régions de l’Est, les armes, les forces de l’ordre n’ont pas été gérées correctement dès le départ. Mais ils avaient autre chose à faire : distribuer les mandats. Il était possible de limiter la situation de la Crimée, il y avait cette possibilité. Les gens ont attendu l’ordre, ils ne l’ont jamais eu. Pendant que Kyiv réfléchissait, la péninsule a été envahie. Les militaires de la Crimée, notre douleur et notre fierté, attendent toujours. Nous sommes déjà fiers pour notre pays, mais nous avons toujours honte pour notre Etat. Il n’y avait pas d’ordres clairs, Yriy Mamtchour, le vrai héros, l’a dit à la voix haute (ndt : le commandant du régiment de Belbek). Ne pas provoquer ? C’est sage. Les chefs de l’autodéfense de Maïdan disaient la même chose aux combattants de Maïdan qui étaient, eux aussi comme les militaires de Crimée, sans armes. « Un contrôle commun des armes » ? Quand il y en a un avec un fusil et l’autre n’a que son drapeau et le sens de devoir ?

L’Occident fait de la pression ? Ce n’est pas leur terre. Ce n’est pas la terre des USA, de l’Allemagne, de la Russie. C’est notre terre. En juin 1941 Moscou appelait à ne pas céder aux provocations quand les forces ennemies prenaient la forteresse de Brest. Je ne dis pas que l’Occident qui prend conscience du monstre qu’il était en train d’apaiser pendant toutes ces années, serait prêt à aider celui qui est prêt à se défendre.

Sommes-nous prêts ? Je ne parle pas du peuple, je parle de l’État. Fermer les frontières, faire les pleins d’essence, résoudre les problèmes techniques et matériels, rappeler les militaires, renforcer les régiments de l’Est et du Centre du pays, mettre les missiles en alerte, fixer des objectifs clairs et précis aux services des renseignements, mobiliser tous les anciens militaires intelligents et prêts à aider. Est-ce qu’au moins quelques chose a été fait ? D’après nos sources, rien. De quoi s’agit-il ? De la myopie, du manque de professionnalisme, de la bêtise ? Peu importe. Il faut se préparer à l’inévitable.

Maïdan a déjà gagné le 20 février. Mais les politiques ne l’ont pas compris et ont accouru négocier avec Ianoukovitch le 21 février. Ils ont eu peur de rentrer en guerre (et pourtant la guerre avait déjà éclaté) et ont choisi le déshonneur. Ils cherchent de nouveau une paix désastreuse en tournant le dos aux Tatars de Crimée, un peuple fier. Ils cherchent de nouveau à négocier avec Poutine. Est-ce que cela leur coûtera seulement le déshonneur ? Je ne sais pas. Cela m’est égal. Dommage pour l’État.

Nous ne pouvons pas nous battre ? C’est honteux de tomber avant le tir. C’est en marchant qu’on fait le chemin. Pour gagner à la loterie, il faut acheter un ticket. Pour une bonne omelette, il faut casser des œufs. Et de l’huile des chars pour une cuisson meilleure.

Suis-je militaire ? Non, mais si l’on faisait tout ce qui a été décrit, il suffit d’avoir la tête sur les épaules et de la volonté politique. Mais comment le faire ? C’est la question à poser aux experts qui ne sont pas assez mobilisés. J’apporte de l’eau au moulin de l’ennemi ? Je dévoile des secrets militaires ? C’est ridicule. J’ai bien peur que le commandement général russe ne connaisse mieux nos secrets que le commandement ukrainien lui-même. Prenons ce que nous savons des sources publiques. Notre industrie d’armement continuait à fournir la Russie avec qui on était déjà en guerre. Le secrétariat du Cabinet des ministres a liquidé le département de la mobilisation de la défense. Le ministère des finances a initié la réduction des avantages des militaires (question d’économies, si je comprends bien). Et maintenant ! De quoi s’agit-il ? Je vous laisse chercher par vous-mêmes.

La veille de la guerre n’est pas le moment de critiquer ? La veille de la guerre c’est le moment de revenir à la réalité. Ceux qui sont passés par Maïdan vivent déjà en mode « In Re », en ressentant la réalité et en se préparant à travailler pour l’avenir sans compter sur les hommes politiques. Il faut que ces gens deviennent plus nombreux. Si le pire arrive, nous aurons une armée de résistants libres. Nous aurions pu avoir une armée bien organisée. Mais c’est déjà mieux que rien. La victoire nous appartiendra. La question c’est le temps et le prix.

Maïdan n’existe plus ? Maïdan a changé ? Les barricades, c’est de la déco ? L’autodéfense a été remplacée par l’anarchie ? Les gens ne sont plus les mêmes ? Les visages ne sont plus les mêmes ? Les visages de Maïdan changeaient en fonction de la situation. Le visage du pays changera, que Dieu nous garde. La résistance trouvera les visages appelés par les circonstances. Comme c’était du temps de Maïdan : aux moments les plus difficiles apparaissaient des chefs talentueux, des combattants courageux, des médecins dévoués, des maîtres d’ouvrage doués pour les barricades, des bénévoles pour livrer le bois et à manger, des gens simplement audacieux qui trouvaient leurs places dans ce système de coordonnés hors norme. Ils n’étaient pas désignés par les « leaders ». Ils étaient désignés par la conscience et le devoir.

Ils seront réalistes. Ils feront ce que les leaders politiques pensent impossible. Ils le feront calmement. Comme tous les jours.


Source : gazeta.dt.ua

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