Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone

/Par Inna Bereznitska/ 
/Article paru sur theukrainians.org le 10 juillet 2014/
/Traduit par Diana Rousnak/

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

Autrefois, dans son adolescence, toutes les semaines elle regardait une émission brillante « Panorama international ». Aujourd’hui, c’est l’inversedes millions regardent son prime time  «Heure-Time ». Une fille simple, originaire de Béréjany (ndt. une ville de l’oblast de Ternopil, en Ukraine), qui, dans sa jeunesse, allait par le train de nuit voir les premières du théâtre « Kourbass », elle connaît la recette de la réalisation des rêves : « Il faut craindre l’inaction et pas l’action ». Et encore : « Il vaut mieux faire des erreurs que ne rien faire ».

Elle se trouve parmi les femmes les plus attractives de l’Ukraine, bien que Myroslava Gongadze habite et travaille à Washington. Tout le monde l’écoute et prête l’oreille à son opinion : à partir de ses collègues et des hommes de droit jusqu’aux hommes politiques influents. Informer et non pas interpréter — c’est une des conditions de sa réussite. Myroslava a la chance d’avoir de bons instituteurs et tuteurs, mais elle n’aime pas et ne veut pas être dans leur ombre. Myroslava Gongadze est « selfmade ». Dans la capitale américaine elle accomplit, entre autres, deux fonctions : fait du lobby sur « tout ce qui est ukrainien » auprès des fonctionnaires, politiciens, étudiants et collègues, mais également, elle popularise les valeurs et principes occidentaux aux Ukrainiens. On dirait que Myroslava Gongadze, une ukrainienne réussie, sait ce qu’elle fait. 


 Myroslava, parlez-nous, s’il vous plaît, de votre famille, d’où vient-elle ?

Tous mes ancêtres dont je me rappelle, il s’agit de mes grands-mères, grands-pères et arrières grands-mères, ils étaient paysans. Je me rappelle très bien de mon grand-père favori Mykola, le père de mon père, Mykola Petrichin. Sa femme est morte et il est resté seul avec une petite fille à élever. À cette époque-là ma grand-mère Catherine attendait son fiancé de France, mais en vain. Mon grand-père l’épousa. Avant la guerre en 1939 on les fit déménager de la région frontalière polonaise à l’Est et ils s’arrêtèrent dans une ferme non loin de Béréjany. Ils restèrent vivre la-bas : sans eau, sans électricité, sans gaz et autres facilités dites de civilisation. Sur cette ferme, ils mirent au monde 4 enfants. L’un d’eux, c’est mon père Volodymyr. Ma grand-mère racontait qu’après la guerre les « sovieti » étaient venus et, de nouveau, voulaient les chasser à L’Est. Mais elle s’est allongée sur le plancher, a couvert les enfants et a dit : « Tirez ! Je n’irai pas plus loin ! » Comme ça, ils restèrent en vie, par miracle. Ils eurent beaucoup de terre, de bêtes et de chevaux. Mais quand on se mit à créer les kolkhozes après la guerre, on leur reprit tout en laissant une partie pour survivre.

Ma mère est originaire du village Naraїv qui est près de la ferme de mon père. Avant la guerre c’était même une ville, mais pendant la guerre on avait exterminé les juifs et la ville est devenue un village.

Mon grand-père Mykhaїlo était silencieux, sombre. Il a fait la guerre et est arrivé jusqu’à Berlin. Sa poitrine était décorée de médailles. Mais il n’avait jamais guéri la blessure de sa jambe et boita toute sa vie.

Ma mère Olga était née après la guerre en 1949, 16 ans après sa sœur.

— Myroslava, et en quoi se sont réalisés vos parents ?

Mes parents, tous les deux, sont ingénieurs. Tous les deux connaissent bien les mathématiques. Tous les deux ont une mémoire phénoménale. Le passe-temps préféré de ma mère, c’est de faire des mots-croisés numérologiques. Elle a même appris du coup la langue anglaise, sans aucune préparation, pendant qu’elle habitait avec moi à Washington. Elle écrivait en anglais mieux que moi. Quand on allait au supermarché, elle calculait dans sa tête les prix des achats et savait parfaitement ce qu’elle devait payer à la caisse. Mon père récitait « Le Dit de la Campagne d’Igor », dans mon enfance il me faisait apprendre du Chevtchenko, et je m’en souviens encore maintenant, d’après ses paroles, le « Sommeil ».

J’étais élevée dans une grande famille, je suis l’aînée des enfants. J’ai une sœur cadette de deux ans, Galina, et le frère cadet de dix ans, Mykola. Aux grandes fêtes – Noël, Pâques – nous nous retrouvions chez les uns ou les autres de mes grands-parents. Une grande table de fête, des cantiques, des chants, c’était une ambiance amicale et accueillante. Je sens que mes enfants manquent de ces choses, puisque nous ne sommes ici que trois et on se réunit avec la famille très rarement.

—   Et pourquoi avez-vous décidé de devenir juriste et de ne pas suivre l’exemple de vos parents ? 

C’est ma mère qui m’a poussée à cette décision. Comme une femme pratique, elle voulait que j’aie une profession sûre. Moi, au contraire, étant de nature créative, je rêvais du théâtre, du journalisme, ou, au moins, de l’histoire. J’ai passé toute mon enfance sur la scène. Réciter des poèmes, chanter, danser, interpréter des rôles, c’était ma passion. Mais le théâtre ou cinéma pour une fille de Béréjany, c’était incroyable. Au moins, dans ma tête. Alors, après avoir calculé mes chances, j’ai obéi à mes parents. Je comptais obtenir une vraie profession, et après faire de l’art. Et cela s’est passé ainsi. Mon art, c’est du journalisme. J’en ai aussi rêvé depuis l’enfance. Nous avons toujours regardé les informations télévisées, mes parents étaient abonnés à un tas de journaux et de revues, je n’ai jamais raté un seul « Panorama international ». En le regardant, je rêvais de voyager dans le monde, de raconter la vie des autres pays. Et maintenant je suis heureuse d’avoir obtenu un métier de droit. Cela m’a appris à réfléchir de manière logique et constructive. Et mes talents artistiques m’aident, en même temps, à atteindre les cœurs des gens. Alors, je crois absolument et j’apprends à mes enfants que les rêves se réalisent si on le veut bien et si on travaille ferme pour cela. Il faut que du courage et la foi. Il n’y a rien d’irréel quand nous sommes ouverts au monde et croyons à notre victoire.

—   Et que faisait la fille de Béréjany ayant devenue étudiante ?

Il est difficile d’appeler ma vie estudiantine « vie estudiantine ». J’ai commencé à travailler à partir de la deuxième année. D’abord, comme consultant juridique dans l’administration régionale de Lviv, puis dans le journal «Post-Postoup», ensuite dans la coalition politique « Nouvelle vague », où j’étais chef du service de presse. J’ai travaillé énormément. J’ai passé mes examens sur le pouce.

Je me souviens que pendant les élections nous étions observateurs dans un bureau de vote d’un village de la région de Lviv. Notre candidat Taras Stetskiv a gagné. Je suis rentrée à la maison à 6 heures, et à 8 heures, c’était l’examen du droit civil. J’y suis allée et je l’ai passé pour un 4 (mention « bien »). J’en avais été même mécontente parce que je croyais que je savais pour un 5 (mention «très bien »).

C’était le début des années 90. À cette époque-là à Lviv brûlait la vie politique et artistique. On a peu dormi, tout était mêlé : la vie théâtrale, politique ou musicale, le temps nous manquait. Et quand j’ai rencontré Georges (ndt. futur mari de Myroslava, journaliste ukrainien d’origine géorgienne, enlevé et assassiné en 2000), la vie s’est transformée en un cratère de volcan.

Et pour vous faire comprendre comment avait été Lviv… Pour mon 21-ième anniversaire nous avions invité à chanter chez nous le groupe de rock «Mertvyi piven’».(« Coq mort »). Il y avait du monde de partout, on dansait au milieu de la pièce, on était obligés même de ranger la table sur le divan, car il n’y avait plus de place ! Souvent, on n’avait pas d’argent, rien à manger, mais il y avait toujours du cognac géorgien et du vin. Alors on s’était débrouillés comme ça : j’allais au marché et achetais des produits de bon marché (du chou, par exemple), je cueillais des pommes dans le jardin, je râpais tout ça en ajoutant de la mayonnaise et — sur la table ! C’était rigolo, car les hôtes faisaient des compliments et notaient même la recette… On s’était réunis presque tous les jours : la guitare, des toasts, des discussions philosophiques. De temps en temps, au grenier où il y avait une petite chambre, logeaient, à tour de rôle, soit Yourko Prokhasko (ndt. critique littéraire, essayiste, écrivain et traducteur), soit Guenyk Glibovytsky (ndt. expert en stratégies à long terme, co-fondateur de hromdske.tv) avec Yaryna Yakoubiak (ndt. ex-soliste du groupe ukrainien Coq mort), soit Andriy Chkrabiuk (ndt. historien, traducteur des textes liturgiques, professeur de l’Université catholique d’Ukraine), soit d’autres peintres. Bref, on était pressés de vivre.

—   Et quels lieux de Lviv étaient des lieux de prédilection pour votre entourage ? 

Nous ne manquions aucune pièce de théâtre de Les’ Kourbass et étions présents à tous les événements pendant le festival théâtral, c’était ma passion.

Avant d’entrer à l’université de Lviv, j’avais été forcée de faire mes études au lycée professionnel de Tchernivtsi pour avoir un stage. Alors, j’allais voir des spectacles du théâtre de jeunesse de Lviv (ancien nom du théâtre académique Les’ Kourbass) par le train de nuit de Tchernivtsi. Après le spectacle, je prenais de nouveau le train pour retourner à Tchernivtsi.  Et quand on a déménagé à Lviv, le théâtre de jeunesse était devenu notre « Mecque ».

Tout était neuf à cette époque-là. Le pays jeune, le premier amour, la jeunesse. C’est comme chez Vakartchouk (ndt. chanteur d’Okean Elzy, le groupe de rock post-soviétique en Ukraine) – « ma petite indépendance ». C’était ma propre petite indépendance et une grande Indépendance de la nation que venait de naître et peu de personnes comprenaient que faire avec tout ça. Nous créions nous-mêmes et notre pays de la manière selon notre intuition.

—   Et faire du journalisme, c’était aussi une décision intuitive ou quelqu’un vous l’a conseillé ? 

Je savais toujours que j’étais liée en quelque sorte au journalisme. J’étais médiocre comme juriste – pas de patience pour les détails. Je m’intéresse au grand monde. Pourtant, la formation juridique m’aide à réfléchir de manière structurelle et logique, ça aide dans mon travail, il est plus simple de deviner le sens du processus.

… J’avais commencé à faire des essais dans le journalisme, faire des publications au   «Postoup» étant déjà avec Georges. D’abord, je faisais des rédactions de ses articles. C’est-à-dire, il me dictait en ukrainien-russe, et moi, je rangeais ses idées. Cela avait continué un ou deux ans, jusqu’à ce qu’il ait mieux appris la langue ukrainienne. Alors, il avait commencé à écrire lui-même, et moi, j’avais eu le courage de faire publier mes articles.

Giya avais toujours dit : ne recule jamais, ne regarde pas en arrière, même un petit pas en avance, c’est déjà une victoire.

—   Et quels étaient les principes de journalisme ou de vie que vous aviez empruntés à Georges ?  Qu’est-ce qu’il vous avait appris, qu’est-ce vous lui aviez appris ?   

Georges aimait les gens, il compatissait, aidait, partageait, il était ouvert d’âme. Il vivait au présent, pas hier ni demain, mais en ce moment-là. Il était bien ouvert aux gens, souvent même contre son profit, et alors j’essayais de l’empêcher de faire quelques actes de générosité irraisonnables.

En ce qui concerne la profession, ni lui, ni moi n’avions pas de formation dans le journalisme. C’était une vocation pour nous deux, et nous apprenions à la réaliser ensemble. Au moment où nous avions fait connaissance, Giya travaillait comme professeur d’anglais, et moi – comme consultant dans l’administration régionale de Lviv.

Je crois que c’était l’effort créateur qui nous avait unis. Georges était un générateur d’idées, et moi, je les réalisais en projets réels. En ce qui concerne les conseils, Giya m’avait toujours dit : ne recule jamais, ne regarde pas en arrière, même un petit pas en avant, c’est déjà une victoire

—   Myroslava, comment allez-vous en ce moment ?  Vous avez une expérience importante. Vous avez travaillé comme juriste et comme journaliste aux médias top ukrainiens. Est-ce que vous avancez, vous ouvrez pour vous quelque chose de neuf aux États-Unis?

Finalement, je suis une bonne communicante, ce qui a pu être réalisé dans ma carrière en journalisme. En plus, je pourrais être un bon lobbyiste, speaker, enseignant, chercheur. Je m’occupe de tout cela tout le temps. J’aime le plus me produire auprès d’un auditoire. Quand les gens prêtent l’oreille à chaque mot, c’est chouette. Entre autres, j’ai du plaisir de sentir que j’inspire quelqu’un.

J’aime les spectateurs – cent, deux cents, trois cents personnes ! J’aime répondre aux questions, communiquer avec le public. Et au contraire, quand on est devant la caméra, on se sent assez seule. Mais la réalisation du fait que de l’autre côté de l’écran il y a des millions de gens, ça m’inspire ! En même temps, je tâche de ne pas m’adresser aux millions de gens, mais à chaque téléspectateur personnellement. J’aurais envie de partager les connaissances, les informations, encourager, enseigner, inspirer. Je voudrais que les Ukrainiens croient en eux, en leurs talents et leur force, qu’ils se respectent. C’est dans ce cas-là qu’on va nous respecter dans le monde. Je suis très heureuse de pouvoir donner aux gens ce qui aide à ouvrir de nouvelles possibilités, de nouveaux horizons ; de donner une nouvelle réalisation de soi-même et du monde.

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

—   À votre avis, quelles sont les principales différences entre nos médias de Kyïv, et ceux américains ?

La principale différence est, peut-être, dans les accents et les focus. Les journalistes en Ukraine font souvent des conclusions personnelles sans rapport aux faits réels. Il n’est pas rare que je ne puisse pas trouver l’essence de l’événement dans les informations des médias ukrainiens. Avant de découvrir le fond du problème, on perd beaucoup de temps.

Dans les médias américains ou du style européen on atteint tout de suite le fait – du premier paragraphe du texte, du premier mot du présentateur. Si ça t’intéresse, tu lis ou écoutes la suite, sinon, tu mets le journal de côté ou tu zappes la chaîne.

Actuellement, aux États-Unis on observe une nouvelle tendance – de plus en plus le journalisme se transforme en « infotainment » (assemblage des informations et des  « entertainment » (divertissements) dans le même récipent). Par contre, pour ceux qui désirent savoir, le journalisme de qualité existe toujours.

Grâce à mon travail, j’ai accès à toutes les vidéos du monde et aux ressources informationnelles. Alors, je préfère les informations sans interprétation. J’essaie de suivre le même principe dans mon travail personnel – informer et non pas interpréter. Les informations devraient être précises, claires et faire réfléchir les spectateurs ou auditeurs afin de leur faire faire leurs propres conclusions.

—   Observez-vous du progrès dans les médias ukrainiens  ? Les nouvelles de quels médias suivez-vous ?

Oui, la qualité du « téléproduit », de la graphie, des éditions analytiques, enfin, des ressources informationnelles en Ukraine est bonne. Elle n’est pas pire que celle des analogues européens, et souvent elle est même plus intéressante. Pourtant, il me manque une bonne analytique et la compréhension des processus mondiaux. Ça, c’est un problème.

L’Ukraine continue de cuire dans son jus. Allez savoir pourquoi ! Peut-être, à cause du manque des connaissances des langues étrangères ou du manque de l’intérêt pour le monde. Mais on observe toujours du provincialisme. C’est seulement maintenant, suite aux derniers événements et à l’agression de la Russie que l’Ukraine est entrée au courant informationnel mondial. Ce serait bien qu’on se fixe sur cette vague. Nous avons pour cela toutes les possibilités.

Moi, personnellement, je regarde, parmi les autres, la chaîne « 5 » et Hromadske.tv grâce à l’accès facile sur Internet. Je lis Oukraïnska Pravda, Radio Svoboda, BBS, Oukraïnskiy tyjden’. Mais, en général, je préfère les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter.  Là, il est facile d’éliminer des informations, de lire ou de regarder ce qui m’intéresse.

—   Myroslava, que signifie pour vous « la réussite » ?  Croyez-vous être une personne réussie ?

La réussite, c’est la liberté d’être moi-même. C’est quand on trouve sa vocation et on a de la volonté et du courage de la réaliser. C’est seulement alors que la réussite enrichit la personnalité, remplit la vie de sens et apporte du positif dans le monde.

La réussite, c’est l’autoréalisation et la victoire sur soi-même. C’est quand ta vie et ton être laissent une trace positive sur la Terre. Lorsque grâce à tes efforts on arrive à changer la vie des gens.

La réussite, c’est également quand on a confiance en toi, on te suit, on t’imite, on t’écoute. Puis-je me nommer une personne réussie ? Dans un certain sens, oui.

J’avais réussi à tenir ferme face aux moments difficiles. Je me réjouis de mon travail que je crois ma vocation. Je gagne ma vie par ça, pas beaucoup, mais ça suffit pour nourrir ma famille. Grâce à ce travail je peux influencer tous les jours la vie et la conscience de plusieurs personnes. J’avais pu réaliser une partie de mes rêves et de me réaliser partiellement. Mais j’ai encore beaucoup de réserves intérieures, et au moins, une quarantaine d’années pour une autoréalisation complète. (Elle sourit)

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

Myroslava-Gongadze. Photo © Vadym Guliuk

—   De quoi êtes-vous fière et que regrettez-vous ?

Il n’y a pas de raison de regretter quelque chose. Il est impossible de changer le passé, il est difficile de faire des pronostics pour l’avenir, nous ne contrôlons que le présent, le moment où on est à présent.

Tous mes pas et mes actions m’ont appris quelque chose. Même celles qui m’avaient fait mal. Il faut avoir peur de l’inaction et non pas de l’action. Il vaut mieux faire des erreurs que ne rien faire. Ce que je peux regretter, ce sont les relations avec les gens. Parfois je ne suis pas tolérante, et une autre fois je tolère quelque chose trop longtemps. Quelquefois, je suis trop brusque ou exigeante, je n’ai pas encore appris à recevoir les gens tels qu’ils sont. Je suis heureuse d’avoir la volonté de ne pas baisser les bras et ça ne m’ennuie pas d’apprendre avec l’âge, et j’espère devenir plus sage.

    Et comment pensez-vous, l’honnêteté est une valeur ?

L’honnêteté doit être l’être humain. Je comprends que ce sont peut-être des illusions, mais si l’honnêteté, la compassion et la participation (et non pas la lutte des égos) étaient des principaux de l’être humain, la Terre serait un paradis.

—   Et actuellement, comment voit-on les Ukrainiens aux États-Unis ? L’attitude a-t-elle  changé après la Révolution de Dignité ?

Les Ukrainiens étaient peu connus avant cet hiver-là. On avait entendu parler de ce pays, mais dans la plupart des cas, c’était par des analystes ou des chauffeurs de taxi de Washington (qui sont, en général,  d’origine des pays africains, anciens étudiants de l’Union Soviétique). Aujourd’hui la situation a changé de manière capitale !

L’Ukraine est devenue un trend. En un moment,  on a vu apparaître un tas d’«experts » sur l’Ukraine, dont je n’avais jamais entendu parler dans la capitale américaine pendant dix ans. Au moment actuel, tout le monde essaie de montrer ses connaissances d’Ukraine. Il ne se passe pas un seul jour dans la presse sans les nouvelles d’Ukraine. Si encore au début de l’année les fonctionnaires d’état américains n’avaient pas beaucoup parlé de nous, alors aujourd’hui tous font des déclarations — aie le temps de prendre en note ! Il n’y a pas longtemps, par exemple, j’ai plaisanté devant l’auditoire de l’Université de New-York, en avouant que, finalement, les médias américains ont commencé à repérer l’Ukraine sur la carte mondiale…

Je pense qu’aujourd’hui, l’Ukraine et les Ukrainiens, étant un pays et une nation indépendants, naissent en fait comme un État fort et conscient. Je suis certaine que nous sortirons de cette crise mille fois plus forts. Ça fait mal qu’on doit payer un prix si terrible, mais je sais que nous nous en sortirons ! Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. C’est ma devise et elle se rapporte très bien à l’Ukraine d’aujourd’hui.

—   Est-ce que le gouvernement des États-Unis va aider l’Ukraine d’une manière plus active ?

Oui, mais ça prend du temps. Aux États-Unis, on entend parler de l’aide pour l’Ukraine à tous les niveaux. Mais, suite à l’expérience de l’Afghanistan ou de l’Irak, les États-Unis réalisent ce que signifie se mêler dans un conflit étranger. À la fois, tous sont conscients que dure un conflit civilisationnel, que la Russie se met sur les positions de conserver l’ordre ancien, que Poutine lutte pour son droit d’être le plus grand macho dans le monde.

Les États-Unis ont déjà montré leur rôle dirigeant (leadership). Je crois que grâce au fait qu’ils ont uni la communauté européenne en aide pour l’Ukraine, Poutine s’est refusé d’intervenir ouvertement. Mais d’autre côté, les États-Unis ne veulent pas jouer le rôle d’un policier mondial et attendent que l’Europe s’éveille.

—    Et comment pensez-vous, qu’est-ce qui manque aux Ukrainiens ?

Les Ukrainiens manquent de leadership, de foi en leurs forces, d’optimisme et de volonté de changer leur vie. À présent, tout cela commence à naître, s’éveille, devient visible. La jeune génération des Ukrainiens inspire.

—    En quoi exactement ?

Étant encore enfants qui étaient arrivés avec leurs parents sur Maïdan pendant la Révolution Orange, ils ont aujourd’hui entre 16 – 25 ans. Ce sont eux qui sont devenus moteur de la Révolution de Dignité. Ce sont eux qui sont le fondement d’une nouvelle Ukraine. Après avoir lutté et reconquis le droit de vivre dans son pays, cette génération ne rendra jamais sa liberté. C’est pour ça que je crois en prospérité d’Ukraine comme un fort pays européen. Il faudra, bien sûr, encore lutter, mais aujourd’hui on est témoins de la naissance d’une nation ! Et c’est notre jeunesse qui est moteur de ce processus.

—    Myroslava, quels sont vos projets d’avenir ? Envisagez-vous de retourner en Ukraine ? Dans quelles conditions ce sera possible ?

Vous savez, bien que je vis aux États-Unis, je n’ai jamais quitté l’Ukraine du point de vue informationnel et émotionnel. Mes enfants et le bien de l’Ukraine, ce sont les deux choses qui m’occupent et pour lesquelles je vis chaque jour. En ce qui concerne mon retour, qui vivra verra. Je vivrai et travaillerai là où je sentirai mon utilité. Ma première responsabilité, ce sont mes filles. Je les laisserai partir voir le monde, et dès que je verrai que je pourrai être utile en Ukraine, je retournerai.

—    Qu’est-ce que vous conseilleriez à ce moment critique aux Ukrainiens ?

Du courage, de la volonté et de la foi. N’ayez pas peur de prendre des risques pour vos convictions ou vos rêves. Faites des pas en avant sans vous retourner — non pas pour l’argent ou des divertissements inutiles, mais pour l’autoréalisation et pour le bien commun. Dieu a donné aux Ukrainiens beaucoup de talents, et ne pas les réaliser, c’est un péché. Regardez le monde comme un champ de possibilités infinies où chacun trouve sa place pour le bonheur et la réussite. Rendez une énergie positive, et elle vous retournera cent fois plus. Et enfin, aimez vous, vous-mêmes.


Source : theukrainians.org

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone