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 /Interview du photographe français Julien Cresp, réalisée par Arnaud Lumet/

/Les photos sont la propriété de l’auteur et ne peuvent être réutilisés sans son autorisation préalable. *Cliquez sur les photos pour les agrandir/

Place Maïdan, un groupe de manifestants est en train d'essayer de renverser la carcasse d'un bus pour faire une barricade. Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

Place Maïdan, un groupe de manifestants est en train d’essayer de renverser la carcasse d’un bus pour faire une barricade. Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

 

« Quand on goûte à Maïdan, on ne décroche pas ». EuroMaïdan a des airs de république autonome. Une société idéale qui puiserait sa force dans la générosité et solidarité de chacun.

Anciennement avocat, Julien Cresp a crée depuis 8 ans son studio de photo à Paris près de la  gare du Nord à deux pas de la station de métro Stalingrad.

Habitué à la photo en studio ainsi qu’à la photographie d’architectures industrielles abandonnées souvent situés en Europe centrale et orientale, comme en Roumanie, en Pologne avec les chantiers de Gdansk et en Bulgarie, Julien nourrit un vif intérêt pour les sites industriels des pays de l’ancien bloc soviétique.

Il y a deux ans Julien avait fait un voyage en moto en Ukraine dont le but était de  photographier Pripiat, la ville fantôme qui jouxte Tchernobyl. Il voulait toucher du doigt ce qui s’était passé là-bas. Lors de ce projet il avait eu l’occasion de sympathiser avec quelques ukrainiens avec lesquels il a gardé contact.

Pourquoi être allé en Ukraine à Kiev place Maïdan ? À cette question Julien répond très facilement : « J’ai senti un mouvement européen et démocratique, j’ai voulu donner mon soutien de français et avant tout d’européen à mes quelques amis ukrainiens ».

En entendant John Kerry et les américains soutenir ce projet européen ukrainien et déclarer que l’Ukraine est bonne pour l’Europe et vice versa, Julien s’était dit pourquoi eux (américains) et pas nous (européens). Julien avait aussi une forte envie de témoigner de ce qui se passait là-bas.

« Quand on goûte à Maïdan, on ne décroche pas ». EuroMaïdan a des airs de république autonome. Une société idéale qui puiserait sa force dans la générosité et solidarité de chacun.

Son premier voyage date de décembre ;  il y avait très peu de journalistes français, les gens lui demandaient souvent d’où il venait. L’accueil était très chaleureux. On lui demandait souvent son avis, il y avait une envie de parler, une confiance spontanée. En tant qu’européen de l’Ouest, il s’est senti investi d’une mission.

Lors de son second voyage en janvier les choses avaient changé, les manifestants ont commencé à attaquer les forces de l’ordre. Julien avait le sentiment que les choses prenaient un mauvais tournant. Il était face à cette dualité de soutenir ou pas un mouvement qui devenait violent. Souvent les gens lui répondaient qu’ils n’en pouvaient plus, que les choses devaient avancer, et qu’ils devaient répondre à la violence par la  violence. Julien devenait le photographe reporter, qui était là pour témoigner des choses qui se passaient. L’Europe avait disparu dans les bouches des gens. Julien se sentait moins légitime. Les gens étaient plus silencieux. Il se souvient de ce premier ministre belge froidement accueilli sur Maïdan, dans le silence et même par des sifflements.

Puis il y a eu cette nuit de violence, où il s’est retrouvé dans une librairie proche du stade Dynamo, devenu un hôpital de fortune. Les médecins lui ont demandé de rester pour témoigner en cas d’attaque des unités Berkout. Pour lui ce fut une expérience photographique très forte.

En partant, il avait ce sentiment que les choses s’étaient stabilisées mais qu’il n’y avait pas d’issue proche. Il avait l’idée de revenir encore.

Il est revenu le 20 février 2014,  1 mois après son dernier voyage. En constatant que la place Maïdan était reprise à 1/3 par les forces de police, il s’est senti obligé de revenir. Mais dans son esprit comme dans celui de beaucoup d’autres son retour était pour assister à la fin du mouvement.

Dans le taxi qui le conduit à Kiev, il apprend qu’il y a 30 morts. C’est une guerre civile.

Il était venu assister à la fin de Maïdan et là avec tous ces morts, les choses s’inversaient.  Les médecins volontaires qu’il a pu rencontrer ont été fortement marqués par ce jour, ils n’avaient jamais été confrontés à cela auparavant : autant de violence et de blessures de ce type.

Comme tout le monde le sait, les choses ont basculé très vite après la visite des diplomates européens.

Étant parvenu à entrer la Rada, le parlement Ukrainien, Julien a assisté aux votes qui ont permis la mise en place de mesure essentielles telles que le retour à la Constitution de 2004, la destitution du Président Ianoukovitch ainsi que la libération de l’opposante Yulia Timoshenko. Il en est résulté des scènes de joie sur la place Maïdan et ses alentours, le lancement de feux d’artifice, l’organisation spontanée de barbecue mais également et dans un second temps, le recueillement des habitants de Kiev et le dépôt de milliers de fleurs à la mémoire de la « Centurie Céleste », ainsi qu’ont été appelés les manifestants pro-Maïdan tombés sous les balles de forces de police.

Julien a été très impressionné par la discipline des ukrainiens, qui n’ont, à aucun moment dégradé la villa, le parc, le zoo privé, le galion, la collection de voitures et de moto et bien d’autres possessions pourtant si ostentatoires du Président Victor Ianoukovitch.

Julien voudrait retourner en Ukraine, pour continuer ses projets photographiques tel que des réfugiés de Crimée à Ternopil, ou L’viv il a aussi pour idée d’aller au Bélarus pour un projet photographique social et industriel.


À propos du photographe Julien Cresp

Julien Cresp. Photo © Arnaud Lumet

Julien Cresp. Photo © Arnaud Lumet

Julien CRESP développe un travail alternatif en studio et produit des reportages photographiques de presse, documentaires et institutionnels, consultables sur « www.adluminem.com » et « www.adluminem.fr ».

Site de Julien Cresp

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