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Nous publions cette interview prise bien avant les événements tragiques de Maïdan. Mais nous sommes persuadés que la lecture de ce texte permettra de comprendre qui sont ces jeunes du Secteur Droit ainsi que leur chef.

Depuis le public a appris que Dmytro Yaroch a rencontré Viktor Yanoukovitch le 20 février. Comme il l’a expliqué, il a dit au président destitué que le Secteur Droit ne quitterait pas Maïdan tant que Yakounovitch reste au pouvoir. Il a avoué avoir eu peur de ne pas revenir.


/Par Moustafa Nayem & Oksana Kovalenko/
/Interview parue sur Oukraïnska Pravda le 04 février 2014/
/Traduit par Oksana Kantaruk Pierre/

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Dmytro Yaroch, le leader du Secteur Droit, est la personne la moins connue des évènements des deux derniers mois. Il y a encore quinze jours un cercle restreint des personnes proches du Maïdan connaissait l’existence du Secteur Droit. Aujourd’hui, décrire les évènements de Kyïv sans parler du Secteur Droit est impossible.

Le 19 janvier après le début des heurts rue Hroushevs’ka, les médias mondiaux ont explosé avec les images de feu, des jeunes hommes avec des cocktails Molotov et des visages fermés. Les actions du Secteur Droit ont fait changer les titres de la presse sur « les manifestations pacifiques » mais aussi ont obliger les autorités à écouter Maïdan et à abolir les lois du 16 janvier.

Le siège de cette organisation non-formelle se trouve au 4e étage de la maison des Syndicats. Il est interdit de filmer dans les couloirs, des matelas sont disposés par terre à côté desquels il y a des livres : en effet, pour la plupart, les membres du Secteur Droit sont étudiants.

Nous avons rencontré Dmytro Yaroch dans un des bureaux où d’habitude ont lieu des conférences de presse du Secteur Droit. C’est aussi le bureau du chef du Secteur. A « l’accueil » trois hommes habillés en camouflé et cagoulés.

A « Tryzoub » on m’appelle « faucon »

– Quelle est votre histoire ? Que faites-vous dans la vie ?

Je suis chef de l’organisation « Tryzoub » (ndt. « Trident », organisé comme un Ordre, devise « Dieu-Ukraine-Liberté », les fondements nationalistes de Stepan Bandera) qui porte le nom de Stepan Bandera. Je suis dans le milieu associatif depuis 25 ans. Je viens de Dniprodzerjynsk, région de Dnipropetrovsk. J’ai été le premier à brandir le drapeau ukrainien en avril 1989 à Dniprodzerjynsk.

J’ai créé le Mouvement Populaire de l’Ukraine (Narodnyi Roukh), membre du Groupe Helsinki de l’Ukraine, j’ai reçu les recommandations de Levko Louk’ianenko (ndt. intellectuel, écrivain, dissident, ancien député) Stepan Khmara (ndt. Homme politique, prisonnier politique du temps de l’URSS, défenseur des droits de l’Homme) rue Arbat à Moscou, où il y avait des manifestations à l’époque pour le rétablissement de l’église ukrainienne des catholiques grecques. Depuis 1994 je suis dans « Tryzoub » Stepan Bandera, et j’y ai occupé des différents postes.

J’ai dirigé l’organisation de 1996 à 1999, après j’ai été l’inspecteur en chef de « Tryzoub », ensuite j’ai repris la direction, puis mon successeur Andrii Stempickyi a occupé ce poste. En fait, je fais ça depuis toujours. Sinon je suis enseignant d’ukrainien et de littérature ukrainienne, en 2001 j’ai terminé mes études à la fac de lettres de l’Université Pédagogique de Drogobytch.

– Comment le Secteur Droit, a-t-il été créé ?

Les 24-25 novembre, à Kyïv il y a eu une grande manifestation contre l’annulation de la signature de l’Accord avec l’UE. De manière générale nous ne sommes pas très favorables aux divers processus d’intégration mais nous avons annoncé le Secteur Droit comme une plate-forme de coordination des différents groupes avec des aspirations révolutionnaires parce que nous comprenions qu’il n’était plus possible de vivre dans ce système.

Le Secteur Droit a été définitivement créé après les événements du 30 novembre, quand nous sommes partis place Mykhailivska (ndt. La première dispersion par les Berkouts des manifestants pacifiques).

Là-bas nous avons commencé à nous préparer, à nous défendre, et à nous entraîner. Après nous avons été tout le temps à Maïdan et nous avons rejoint la Défense de Maïdan (ndt. Une organisation des manifestants qui patrouille les barricades et les rues, géré par le député Andrii Paroubii). Aussi, « Tryzoub », Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne (ndt. parti de droite), Sitch des Carpates de la Transcarpatie (ndt. une organisation paramilitaire créée en 1938, « sitch » était le nom commun des centres de politiques démocratiques des cosaques) ont rejoint le Secteur Droit.

– Vous vous êtes entraîné avant ?

Oui, pendant 20 ans. Nous avons vu beaucoup de générations passer. Mes enfants petits y étaient aussi, et aujourd’hui ma fille a 20 ans et toute sa vie elle a été à « Tryzoub ».

« Tryzoub » est une organisation de type Ordre avec des fonctions bien étroites. Nous avons trois objectifs très concrets : popularisation de l’idéologie du nationalisme ukrainien selon Stepan Bandera, éducation des jeunes ukrainiens avec des valeurs patriotiques, et enfin la défense, c’est-à-dire la défense de l’honneur et de la dignité de la nation dans n’importe quelles conditions avec n’importe quelles méthodes.

De manière générale, le nationalisme ukrainien et « banderas » ne sont pas représentés par les plébéiens bêtes et sadiques. Il s’agit, en premier lieu, d’intellectuels qui écrivent et qui publient. « Tryzoub » est une organisation qui produit des idées.

Nous ne sommes pas un parti politique, d’ailleurs il est interdit de devenir fonctionnaire.

Parmi les membres connus de « Tryzoub » je peux citer Sergii Kvit, le président de l’Académie Mohyla de Kyïv, un très bon ami à moi. A une époque, il dirigeait une centurie dans notre organisation. Ou encore Petro Ivanychyn, docteur ès lettres, l’Université pédagogique de Drogobytch, aussi chef d’une centurie.

– Où est-ce que vous vous entraînez ?

Un peu partout en Ukraine. Dnipropetrovsk, Dniprodzerjynsk, Kryvyi Rig, Pavlograd, Nikopol etc. Les jeunes se réunissent et ils ont leurs objectifs mensuels, semestriels, annuels. Ils font des entraînements, des cours. Ils organisent aussi des événements de « de-communisation » et «décolonisation » de l’Ukraine.

Je pense que vous avez entendu parler de notre action en 2011 à Zaporijjia, nos activistes ont décapité la statue de Stalin. Ca a fait du bruit.

Nous avons jamais fait de pub, simplement nous faisons ce qui est bien pour notre nation, notre Etat. Ceux qui ont la possibilité aident la police à détruire des dealers de drogue, même si je pense qu’aujourd’hui les policiers sont dealers eux-mêmes !

– Les événements du 19 janviers, ont-ils été planifiés ? (ndt. les heurts violents avec la police, les premiers cocktails Molotov ont été jetés par les manifestants)

Bien sûr que non. Nous avons été sur les barricades de devant depuis deux mois. Les lois autoritaires du 16 janvier ont provoqué cela. On ne peut vivre dans un pays avec des lois pareilles. Le 19 janvier les AutoMaïdan sont venus. Ils ont voulu aller vers le parlement et organiser une manifestation. Le Secteur Droit est arrivé quand il y avait déjà des centaines de personnes là-bas. (ndt. AutoMaïdan – les manifestants en voitures qui se sont organisés pour patrouiller les rues, rendre des visites « surprises » aux fonctionnaires pour manifester devant leurs maisons etc).

Nous avons essayé de discuter avec la police, de négocier pour qu’ils nous laissent passer. Ils ont réagi d’une manière assez agressive. Vous connaissez la suite, les actions plus déterminées ont commencé, nos hommes étaient là pour protéger. Et je pense que ce qui s’est passé c’est bien. S’il n’y avait pas eu le 19 janvier, le pouvoir en place n’aurait pas commencé les négociations avec l’opposition.

– Combien d’hommes avez-vous à Maïdan ?

Environ cinq cents plus la réserve mobilisable de Kyïv. Mais actuellement les antennes se créent dans toute l’Ukraine. Les gens s’organisent tous seuls, s’appellent Secteur Droit et nous travaillons pour coordonner au maximum.

– Combien de peronnes êtes-vous capables de mobiliser dans tout le pays ?

Je pense, 4000-5000

– Comment vous financez l’organisation ?

Je ne gère pas cette question, mais tout est financé par les gens eux-mêmes. Nous avons ouvert des comptes, mais les cartes de crédits ont été immédiatement bloquées. Mais après le 19 janvier, les gens ont apporté beaucoup d’argent, mais tout est contrôlé et transparent chez nous, on achète des équipements.

– Parlez-moi de votre structure ?

La structure sera retravaillée après ces événements. Pour le moment, le Secteur Droit est une organisation contrôlée, et nous ne sommes pas des extrémistes, ou radicaux, je n’aime pas du tout ce mot « radicalisme ». Aujourd’hui il y a un groupe à Maïdan, des groupes dans des régions et il y a des gens qui s’organisent. Nous appelons leurs chefs et discutons, regardons si nous avons affaire à quelqu’un d’adéquat et après nous prenons la décision.

Pour le moment, il y a une direction qui comporte des représentants de « Tryzoub », de l’Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne et d’autres groupes. Nous sommes environ 12 à prendre des décisions. Nous avons commencé à coordonner nos actions avec les anciens militaires d’Afghanistan. Ils ne font pas partie officiellement du Secteur Droit, mais nous sommes en contact tout le temps et nous nous mettons d’accord, parce que je ne veux pas laisser mourir nos hommes ici comme ça.

– Comment prenez-vous des décisions ?

Il y a des décisions stratégiques, opérationnelles et tactiques. A chaque niveau, nos hommes prennent ces décisions eux-mêmes. En ce qui concerne la stratégie, nous discutons à douze dans la direction et je prends la décision. Et après les commandants décident eux-mêmes. Par exemple, nous avons Iranien, et c’est lui qui décide s’il envoie ses hommes sur les barricades.

– Iranien ? De l’Iran ?

Non c’est son pseudo. Pour des raisons compréhensibles, tous les hommes ont des pseudos, nous vivons dans un système comme ça. Moi, par exemple, depuis 1994 on m’appelait Faucon. Nous avons ici Pylypatch, Pilote. Chacun choisit, comme les cosaques de Sitch.

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Après le 19 janvier aucun des leaders de l’opposition n’est venu nous voir

– Est-ce que vous vous mettez d’accord avec l’opposition ?

Nous sommes en relation avec Andrii Paroubii, commandant de la défense de Maïdan à laquelle nous avons formellement adhéré en tant que centurie n°23, mais nous avons presque 500 hommes.

Si on devait parler de toute l’opposition, nous n’avons pas de relation avec eux. Ils ne semblent pas remarquer que l’on existe. Je pense que c’est une erreur de l’opposition, ils ne prennent pas en compte les forces des anciens militaires d’Afganisthan, du Secteur Droit, de la défense.

J’ai l’impression que même Andrii Paroubii a quelques soucis avec la coordination des actions avec les trois leaders. Je les vois passer des annonces. Andrii dit une chose, et les leaders annoncent autre chose.

Je suis étonné qu’après le 19 janvier les leaders ne soient pas montés et n’aient pas remercié les garçons. Venez voir les gens, discutez, ce sont des gens en chair et en os, ce sont des gens bien en plus.

Hier la télévision est venue, le caméraman me dit : « Je suis surpris. J’ai vu un jeune homme qui était en train de lire, et un autre discuter en un bon anglais avec un étranger. Vous avez des gens vraiment bien ! ».

Et c’est vrai. C’est la fierté de la nation. Ce sont des hommes qui donnent leurs vies, leur liberté pour la Patrie. C’est un phénomène et les politiques ne le remarquent pas.

Peut-être encore Vitalii Klitchko, je l’ai rencontré à deux reprises et nous avons bien discuté. Bien qu’ils fassent ce qu’on leur demande, ils sont conscients de notre présence et voient que le Secteur Droit a son mot à dire à Maïdan.

– Est-ce que vous avez essayé de prendre contact avec eux pour coordonner ?

Directement non. J’ai l’impression que dès le début de Maïdan pacifique ils ont agi de manière impulsive,  peu systématique. Ils n’ont même pas créé de siège commun. Nous, dès le départ, on s’était prononcé pour l’unité de Maïdan, pour qu’il n’y ait pas de division en politiques, secteur civil ou Secteur Droit. Je le dis dans toutes mes interviews, le mouvement d’insurrection doit être uni et je ne veux pas provoquer l’opposition afin qu’elle se prononce.

Mais tout a ses limites. Qund le pays s’est retrouvé devant une véritable menace de guerre, Maïdan ne faisait plus confiance aux leaders de l’opposition. Pendant deux ils n’ont fait que parler. Pourtant ils avaient ce crédit de confiance : allez, essayez de résoudre la question. Ils n’ont rien pu faire. Le 19 janvier nous avons attaqué, et ils ont commencé à faire quelque chose. Alors nous continuons à faire de la pression.

– Si je comprends bien, le parti le plus proche de vous idéologiquement est « Svoboda » (ndt. « Liberté », parti de droite au parlement ukrainien)

Oui. Nous avons une grande base idéologique commune mais nous avons aussi beaucoup de différences. Je ne comprends pas, par exemple, des choses racistes, je ne les accepte pas du tout. Un Biélorusse est mort pour l’Ukraine, un Arménien de Dnipropetrovsk est mort pour l’Ukraine. Ils sont beaucoup plus proches de moi, que, désolée de cette expression, la bête communiste genre Simonenko (ndt. chef du parti communiste) qui joue pour la Russie et qui est pourtant ukrainien pure souche.

A l’époque Stepan Bandera a annoncé trois types de relations avec les non ukrainiens. C’est simple. La relation de congénère : il s’agit de ceux qui se battent avec nous pour l’Ukraine peu importe leur origine. La relation tolérante est entretenue avec ceux qui vivent sur ces terres, n’empêchent pas notre combat, c’est pourquoi nous avons une attitude tout à fait normale, l’Ukraine a de la place pour tout le monde. Et enfin, le troisième type de relation, est celle avec l’ennemi : il s’agit de ceux qui nous empêchent dans notre combat pour la libération du peuple ukrainien, et c’est comme ça dans tous les pays du monde.

Le social-nationalisme est très ambigu pour moi parce qu’à mon avis le nationalisme n’a pas besoin d’annexe, il est autosuffisant. Ces derniers temps, Oleg Tyagnybok (ndt. chef de « Svoboda ») prend la voie du nationalisme classique. Heureusement. Cependant, très peu d’occasion d’avoir un vrai débat idéologique pendant les périodes des révolutions. Enfin, nos hommes sont sur les barricades comme ceux de « Svoboda ». Cela sert à rassembler.

– Les représentants du pouvoir disent que pendant les négociations les leaders de l’opposition affirmaient que les manifestants libéreraient les bâtiments administratifs si les manifestants arrêtés et détenus étaient relâchés. Est-ce que c’est vrai ?

Je pense que les autorités ont menti. Je pense que l’opposition n’a pas dit ça. Avant le vote de la loi sur l’amnistie, nous avons donné notre avis, et l’opposition avait à peu près la même vision. C’est-à-dire si le parlement vote la loi sur l’amnistie telle qu’elle est proposée par l’opposition, le Secteur Droit débloque la rue Hroushevska. C’est un compromis intelligent.

Cela n’annule pas nos conditions politiques. Nous devons changer le pays à un autre niveau. Maïdan est Sitch (ndt. Zaporijska Sitch, centre des Cosaques ukrainiens XVI-XVIIème siècle), une plateforme, mais il ne s’agit pas de se battre tout le temps.

– Vos parties adverses diraient que c’est vous avez commencé à attaquer…

Non, non et non, je suis désolé, c’est Berkout qui a battu les enfants à Maïdan le 30 novembre 2013. Pendant deux mois Maïdan a été purement pacifique. Ensuite il y a eu cette provocation des autorités en place, le vote des lois du 16 janvier. Les manifestants ont été battus, kidnappés, regardez ce qu’ils font avec AutoMaidan.

Ce sont eux qui ont provoqué cette situation, et les gens ont attaqué, parce qu’il n’était plus possible de supporter tout cela. Combien de temps pourrait-on chanter et danser à Maïdan ? Nous ne sommes pas des moutons, être Ukrainien c’est être fier et digne, et ils ont prouvé cela.

– Qu’en pensez-vous, pourquoi était-ce au Secteur Droit de le faire, pourquoi l’opposition ne faisait pas la même chose ?

Parce que le Secteur Droit est la partie la plus révolutionnaire de Maïdan. Je souligne : révolutionnaire et non pas radicale. La révolution c’est d’abord l’intelligence, un plan, une stratégie. Le peuple se soulève et ne pas utiliser cette situation pour le bien de ce même peuple est une erreur. Malheureusement l’opposition n’est pas capable de le faire, parce que les fauteuils du parlement sont bien moelleux et ils ne se décident pas. Nous, on se décide.

– En avez-vous discuté avec l’opposition ?

C’est ce que je vous dis, nous n’avons pas de contact avec eux. Je souligne encore une fois, je suis pour l’unité du mouvement de l’opposition, du mouvement contestataire, c’est pourquoi toute mon explication sera utilisée contre moi. Ils diront que je suis provocateur. Honnêtement, ça m’est égal de ce qu’ils disent de moi. La différence entre eux et moi, c’est que je ne cherche pas de popularité politique.

– Aujourd’hui c’est l’opposition qui négocie. Pensez-vous qu’ils peuvent proposer des garanties au nom de Maïdan ?

En effet, Maïdan n’a aucun contrôle du processus des négociations. Le crédit de confiance des leaders de l’opposition, celui qu’ils avaient au début et maintenant ce sont deux choses différentes.

Nous exigeons que les représentants de Maïdan participent aux négociations. Au moins en tant qu’observateurs. Dans ce cas-là, on peut donner des garanties et expliquer ici à Maïdan que, voilà, nous avons négocié cela et il faut faire comme ça.

Parce qu’on a l’impression qu’ils négocient une chose, ensuite il y a du changement et le résultat est encore différent.

Notre objectif est faire entrer l’opposition dans une nouvelles étape de négociation avec, cette fois, les représentants de Maïdan à leurs côtés.

Les anciens militaires d’Afghanistan, Andrii Paroubiy, chef de la défense de Maïdan pourraient participer. Si on m’invite j’irai. Nous n’y voyons aucun inconvénient. Nous sommes capables de faire négocier l’opposition et le pouvoir en place pour éviter que le sang coule de nouveau, pour que l’Etat entre dans une nouvelle réflexion. Je suis prêt à y aller pour cela.

– Imaginez, vous êtes en face de Viktor Ianoukovitch. Quels arguments vous utiliseriez pour le faire changer d’avis ?

Je chercherais un compromis. J’insisterais, je sais qu’il n’aime pas ça. Je ne suis pas sûr que Ianoukovitch ait de vraies informations. J’ai l’impression qu’il n’a pas une représentation adéquate de la situation. Je pense qu’il ne comprend pas que 80% ne font pas confiance aux autorités. Je pense que ses conseillers lui donnent d’autres chiffres et d’autres images.

C’est pourquoi je commencerais en disant qu’il ne faut pas faire la guerre à son propre peuple. Personne n’a gagné contre son propre peuple. J’expliquerais que ce que font les forces de l’ordre c’est une véritable guerre contre les Ukrainiens. Ensuite, je lui dirais aussi, que les milliers de défenseurs du Maïdan qui sont déjà là, ne laisseront pas les Berkout et l’armée disperser les manifestants et parader sur le Maïdan.

Ils ne comprennent pas que Maïdan c’est déjà un petit Etat avec son système de santé, des structures diverses. Il sera impossible de prendre Maïdan sans un bain de sang.

Disperser avec des matraques, ce n’est plus possible. Ils seront obligés d’utiliser les armes à feu, de manière légale et pas comme dans la rue Hroushevska. La riposte sera aussi violente, et cela, je peux le promettre à Viktor Ianoukovitch.

– D’accord, qu’est-ce que vous voulez ? Donc vous dites, Viktor Fedorovitch, la situation est comme ça. Et après ?

La condition de toute négociation c’est la libération de tous les détenus. Ils ne sont pas terroristes, ils ne sont pas extrémistes. Je suis sûr que même vous, vous connaissez quelqu’un parmi ces gens. Ils sont absolument normaux, ils en avaient juste assez. Les gens doivent être libérés. Et seulement ensuite on peut parler de la normalisation de la situation.

La condition numéro deux, c’est l’arrêt complet de toutes les actions de violence. D’abord dans les autres régions. Les kidnappings des leaders du secteur civil, c’est l’oppression de son propre peuple.

Il faut commencer des enquêtes sur les crimes qui ont eu lieu dans les rues. Les Berkout n’ont pas pu tirer sans l’ordre du ministre de l’intérieur. C’est sa structure. Il doit y avoir une discipline, une hiérarchie. Si c’était des provocations, il faut trouver qui a tiré. Donnez des informations aux gens, ne vous taisez pas, ne fermez pas les yeux.

Il est vrai qu’Ianoukovitch a déjà fait quelques concessions, le gouvernement a démissionné et les lois ont été annulées. Mais cela reste le gouvernement par intérim.

Il faut commencer à former le gouvernement de compromis, qui devrait se composer des professionnels et pas des leaders des partis politiques. Et toutes les personnes les plus odieuses comme le ministre de l’intérieur, le ministre de l’éducation, doivent être remplacées.

– Qui voyez-vous en tête de ce gouvernement ?

Je ne peux pas dire, je ne suis pas spécialiste en composition du gouvernement. Ce sont les politiques qui doivent décider.

– Mais n’ayant pas de propositions concrètes, vous vous enlevez toute responsabilité et vous vous éloignez de tous les processus.

Pendant 25 ans j’ai évité la politique publique. Cela ne pose pas de problème. Cependant nous pensons, quand il y aura la paix que le Secteur Droit pourrait se transformer en organisation politique. Tous les hommes en parlent. Mais bon, je vous en prie, on peut commencer à faire de la politique à tout moment. Pour moi, ils sont la fierté de la nation, ils ne peuvent pas être de la chair à canon qu’on utilisera et oubliera après. Il ne faut pas limiter le Secteur Droit à la politique.

– Mais cela a justement l’air de cela, vous êtes sur les barricades et on propose les mandats à Iatseniuk et Klitchko.

La vie de notre Etat, de notre peuple ne se limite pas au Cabinet des ministres. Qu’ils prennent les mandants. S’ils nous invitent on aidera. Nous prendrons la sécurité et mettront de l’ordre. Mais je doute qu’on nous propose quelque chose.

Pour la présidentielle nous aurons notre candidat

– Que proposeriez-vous à Viktor Ianoukovitch si la révolution gagne ?

Cela dépend de lui. Il y a encore quelque temps nous lui garantissions 24 heures pour quitter le pays. Aujourd’hui, s’il prend la bonne décision on pourrait même lui proposer des garanties en Ukraine. Tout pour éviter la guerre, tout pour éviter un bain de sang. Qu’il reste à Mejigiria (ndt. la résidence de Ianoukovitch) en berger de ses autruches, on ne le touchera pas là-bas.

– Vous vous voyez à quel poste ?

Pour l’instant à aucun. J’ai un très bon poste, je suis chef de « Tryzoub ». J’ai plus de facilité à parler devant mes congénères que sur scène.

– Mais ce n’est pas ce poste qui pourra changer le pays. Que feriez-vous par le temps de paix ?

Qui veut la paix prépare la guerre. Je continuerais à m’occuper de « Tryzoub ». Comme je l’ai fait pendant les vingt dernières années.

Comprenez, Tryzoub ce n’est pas une organisation qui vise un conflit. Non, chaque Etat doit avoir des organisations paramilitaires qui préparent les jeunes à l’armée, qui permette de mobiliser un certain nombre de réservistes en cas de danger extérieur ou intérieur. Cela existe dans beaucoup de pays du monde. « Tryzoub » aura toujours de quoi faire même si nous avons le meilleur président et le meilleur gouvernement.

– Est-ce que vous possédez des informations sur ceux qui kidnappent les gens ?

Malheureusement non. Nous cherchons ces informations, mais ne trouvons pas. Nous avons fait appel à la police, au service de sécurité qui est moins entaché dans ces événements que la police.

– Vous croyez réellement que la police s’occupe de ces questions ?

Je ne suis pas sûr que seul le pouvoir en place soit lié à ça. Je n’exclus pas les services secrets étrangers. FSB, par exemple (ndt. Service Fédéral de Sécurité, les services de la Fédération de Russie). La Russie utilise toujours les moments de déstabilisation en Ukraine. Dès qu’il y a une situation comme celle-là en Ukraine, ils viennent et résolvent leurs propres intérêts. Poutine a dit à plusieurs reprises que l’Ukraine n’est pas un Etat. Et je suis sûr que les projets de partition de l’Ukraine en plusieurs parties existent jusqu’aujourd’hui.

– Mais on accuse notamment le Secteur Droit  de déstabiliser la situation ?

Au contraire, je pense que le Secteur Droit a montré, pendant les deux derniers mois, qu’il est plutôt un facteur de stabilisation. Si le Secteur Droit n’avait pas agi on n’aurait pas eu de négociations, de vrais radicaux auraient explosé dans les régions et une guérilla aurait commencé. Personne ne pense à ça ?

Pour le moment la situation est sous contrôle, les négociations ont lieu. S’ils n’arrivent pas à négocier, le risque d’une guérilla sera encore plus haut. On sait que les Ukrainiens ont une très belle tradition de guérilla. Des décennies. Mais est-ce que l’Etat y gagne ?

– N’avez-vous pas peur que cette guérilla se transforme en guerre civile ?

Il ne peut pas y avoir une guerre civile quand 80% de la population ne soutient pas le système, ce sera un combat entre les autorités et le peuple. Et il y a une très grande différence entre ces deux guerres. Ce sera une guerre de libération nationale. Mais nous n’en avons pas besoin. Nous avons un pays, nous avons un tremplin de construction de la nation et de l’Etat.

– Mais il y a beaucoup de gens qui croient réellement que c’est un rassemblement de fascistes et qu’ils doivent les combattre. Que faire avec ces gens-là ?

D’après mes informations, ils sont peu nombreux. Je viens de Dnipropetrovsk, je connais la situation là-bas. Pour la plupart, on les embauche. Vous avez vu les événements à Dnipropetrovsk. Depuis quelques années, Stoupak, le député du Parti des régions, organise des clubs de combats, des boîtes de sécurité privée qui protègent aujourd’hui, pour des raisons « idéologiques » et avec l’aide de la police le bâtiment administratif.

Est-ce que vous avez vu, parmi eux, les gens qui sont venu de leur propre gré ? Ou encore en Crimée, des « kazaques » (ndt. référence aux cosaques de Kouban, Rostov sur le Don) qui s’organisent en « centaines » noires et défendent les autorités. Et ces tas de gens, où sont-ils ? En plus les Tatars de Crimée, ils soutiennent EuroMaïdan. C’est pourquoi tout cela est très ambivalent.

– Mais c’est exactement ce même discours qu’on entend de l’autre côté et peu de chances de compromis alors.

Prenons des exemples. Le Parti des Régions a essayé de faire un Antimaïdan en ramenant des gens de toute l’Ukraine, et qui était venu ? Des cas sociaux et des fonctionnaires qui étaient forcés ! J’ai discuté avec eux. Quand je disais « le bandit doit partir » ils rigolaient, le soutien de Ianoukovitch n’existe pas, c’est une légende.

Un vrai test, ce sont les Ultras, les supporters de foot qui ont soutenu Maïdan. Il s’agit justement des personnes « idéologiques », des supporters de « Zorya » Lougansk, « Tavriia » Simferopol, « Métalourg » de Zaporijjia. Quand bien même Guepa et Dopa (ndt. Guenadii Kernes, maire de Kharkiv, Mikhail Dobkin, gouverneur de la région de Kharkiv) essaient de rassembler les « titoushkis », ils n’y arrivent pas ! La division du pays c’est un grand mensonge. Iankouvitch a rassemblé le pays.

– Est-ce que vous soutenez l’idée de Maïdan qu’il faudrait un seul leader ?

Je pense que ce n’est plus d’actualité. Il s’agit plutôt de définir des leaders de Maïdan, des leaders du mouvement comme tel. La question des présidentielles a été mise à l’écart.

– Dans le cas des présidentielles anticipées ou pas, vous soutiendrez quelqu’un ? Vous avez votre propre stratégie ?

Nous n’excluons pas que le Secteur Droit proposera son candidat.

– Vous pensez réellement que le candidat du Secteur Droit a une chance dans tout le pays ?

Si le point de départ est bien choisi, on a toujours une chance. En quelques semaines, le Secteur Droit s’est répandu dans tout le pays. Kharkiv, Dnipropetrovsk, Donetsk, Crimée…De l’autre côté, les présidentielle peuvent élever nos idées à un niveau plus haut encore.

– Vous n’avez pas peur qu’on vous accuse ensuite d’attirer les voix de l’opposition ?

Terminons déjà ce processus. Les histoires sur les voix divisées entre les candidats de l’opposition, ils se les racontent dès le début et ils savent qu’ils participeront tous les trois.

Soit il faut négocier dès le départ, et tenir les engagements, soit chacun joue son jeu. Actuellement, les présidentielles ce n’est pas une question de principe pour nous. Nous voulons la paix.

Le problème c’est qu’il y a des gens qui parlent beaucoup, mais ne font rien. Et il y a des gens qui agissent, et prouvent avec leur sueur et leur sang qu’ils sont prêts à changer des choses, à agir, à atteindre des résultats.

Le Secteur Droit c’est une plateforme pour les jeunes qui ont prouvé qu’ils peuvent changer des choses, sacrifier leur confort pour un enjeu important. Les hommes politiques n’affichent pas cette capacité. Je ne vois pas leurs sacrifices, leur volonté.

– Qui est, selon vous, leader du mouvement ?

Il n’existe pas pour le moment. J’ai dit que j’étais prêt à prendre la responsabilité de ce qui se passe. Mais cela ne veut pas dire que j’ai des ambitions de devenir président. Je vois simplement qu’il faut un véritable contrôle et une véritable coordination de la situation. Que les politiques décident entre eux. Celui qui est prêt à le faire, qu’il le fasse et nous le soutiendrons Mais je ne vois personne qui s’occupe de tout cela.

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Le Secteur Droit ne fait pas la guerre aux familles

– Êtes-vous conscient qu’en cas de défaite ou de compromis, vous risquez la prison ?

Bien sûr. Cela fait 25 ans que je suis prêt. C’est la vie. Nous sommes entre les mains de Dieu. Arrivera ce qui arrivera. S’il y a la prison, ce sera la prison. Je me battrai toujours pour l’Ukraine. Qu’ils essaient de me mettre en prison. On verra qui y mettra qui au final.

– On ne vous a pas encore convoqué ?

Non, mais je vis ici (ndt. La Maison des Syndicats). Ils ne viennent pas à Maïdan, et on ne les laisse pas monter au cinquième.

– Mais il peut y arriver qu’il n’y ait pas d’arrestation. Il peut vous arriver la même chose qu’à Igor Loutsenko ou Dmytro Boulatov (ndt. kidnapping, tortures)…

Je sais au nom de quoi je me bats. Bien sûr je n’en ai pas envie, je suis humain, j’ai l’instinct de survie. Mais on me garde bien, on m’accompagne, on me fait mettre le gilet par-balles.

– Vous arrive-t-il de quitter Maïdan ?

Rarement, mais je vous dirai pas où.

– Et votre famille, où est-elle ?

Pour la dernière fois j’ai vu ma famille à Noël, mais pour le moment je les ai déménagés. On a mis toutes les informations sur nous sur Internet, sur nos familles, nos adresses, il y a un certain danger.

– Mais il y a les mêmes informations sur les Berkouts. Pouvez-vous garantir la sécurité des familles des autorités et des forces de l’ordre ?

Je peux garantir que le Secteur Droit ne touchera aucun enfant, aucune famille des forces de l’ordre ou autres structures. Le Secteur Droit ne combat pas les femmes et les enfants. Nous ne sommes pas comme les Berkouts qui battent les médecins et les journalistes. Vous pouvez ne pas vous inquiéter, personne ne fera rien. Je m’engage pour le Secteur Droit.

– Il y a un ultimatum, celui du 4 février. De quoi s’agit-il ?

Le 4 février c’est la prochaine session de la Rada. Nous exigeons que la Rada vote la libération des manifestants détenus sans condition. Il ne s’agit pas d’amnistier car il ne s’agit pas des criminels.

Nous exigeons aussi que les autorités arrêtent toute violence. Les kidnappings, les voitures qui brulent etc. Je pense qu’ils nous écouteront. Je suis sûr à 90%.

Sinon nous sommes vraiment au bord d’un bain de sang. Je n’exclus pas que les gens qui sont à Maïdan se mobilisent et se dirigent vers le quartier du gouvernement. Et ils le prendront. Et j’en suis plus que persuadé, ils le prendront avec du sang et de grandes pertes. Parce qu’on est toujours dans une impasse. Et les gens les mettront tous dehors, Ianoukovitch, ses body gards, il faut qu’il trouve un compromis.

– Est-ce que vous comprenez que tout ce que vous dites maintenant peut être utilisé contre vous ?

Bien sûr. C’est la Révolution. Il y a deux côtés des barricades, c’est logique. Tout est utilisé soit contre nous soit contre eux.

– Comment sélectionnez-vous les gens qui viennent ? Ils une sorte de concours ?

Bien sûr. Tout le temps, il y a des inscriptions, surtout dès qu’il y a des actions à mener. En ce qui concerne les critères, il faut voir avec les chefs directement. Ce sont eux qui travaillent avec les gens. Je sais qu’on n’accepte pas les mineurs parce qu’ils courent en troupeaux, et ils ont 15-16 ans.

– Est-ce que vous donnez des armes à vos hommes, des armes à feu par exemple ?

Ils viennent déjà équipés avec des battes ou des bâtons. Nous leur donnons des équipements, c’est d’ailleurs à ça que sert l’argent. Nous achetons des casques, des boucliers, nous en avons beaucoup. Et après on les entraîne.

Si la personne n’est pas en bonne santé, on lui trouve autre chose. La cuisine, l’hôpital etc. Nos filles sont superbes, elles ont fait tellement de choses ! Elles ont sorti les blessés pendant les attaques, elles aident tout le temps.

– Pour les armes à feu, pourquoi avez-vous demandé aux gens de prendre des armes ?

Quand le Ministère de l’intérieur a signé l’ordre autorisant l’utilisation des armes à feu contre les gens, j’ai demandé aux propriétaires des armes à feu légales de nous rejoindre pour créer un groupe de soutien au cas ils tirent sur les manifestants de Maïdan. Je pense que la seule réponse possible est de tirer. Mais c’est seulement si eux, ils commencent les premiers.

– Ce groupe est déjà opérationnel ?

C’est secret, je suis désolé.

– Qui possède la totalité des informations au sein du Secteur Droit ? Y a-t-il une personne qui sait tout ?

Tout le monde ne sait pas tout. Les chefs ont les informations.

– Comment faites-vous pour vous coordonner ? On sait que tout le monde est sur écoute.

On a des personnes de liaison, des messagers, tout le monde a une radio. On sait qu’on est sur écoute. Ils en ont mis partout des appareils d’écoute, dans tous les bâtiments autour. Des voitures, aussi, sont un peu plus loin. D’ailleurs, je ne les vois comme ennemi, ces gars-là, ils font leur travail.

Je suis persuadé que même au sein des structures de sécurité, il y a une situation ambiguë, par rapport à l’opposition, les autorités, Maïdan. Il y en a qui nous détestent, d’autres nous sympathisent. On parle avec eux. Le régime commence à tomber. Il faut continuer à appuyer au niveau politique.

– Rue hroushevska il y a deux barricades. Y a-t-il une discussion avec les Berkouts ? Vous leur apportez du thé, du café. Je sais qu’il y a eu des initiatives comme ça.

Je ne sais pas si on leur apporte quelque chose. Avant quand ils étaient autour de Maïdan on leur servait à manger. Mais je n’ai pas été d’accord. Ces hommes ne sont pas ennemis, ils sont Ukrainiens aussi, ils sont de l’autre côté des barricades. Mais il ne faut pas faire ça. Plus ils sont faibles parce qu’ils ont faim ou autre moins ils auront envie d’attaquer et de battre les gens comme ils l’ont déjà fait. C’est vraiment pour des raisons pragmatiques je pense qu’il ne faut pas leur servir du thé et à manger.


Source : Oukraïnska Pravda
Crédits photos: Oukraïnska Pravda

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