Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone

/Par Oleh Kotsyuba, rédacteur en chef du portail Krytyka/
/Article paru sur Krytyka le 02 mars 2014/
/Traduit par Mariana Prokopiuk/

Photo © Petr Shelomovskiy

Photo © Petr Shelomovskiy

« Les citoyens ukrainiens doivent se préparer activement à défendre les gains de la révolution de la dignité en Ukraine ».

Aujourd’hui, il est évident qu’il a été naïf de penser que la révolution a définitivement gagné et que maintenant, nous pouvons nous permettre en toute sécurité de construire une nouvelle démocratie ukrainienne, en combattant la corruption interne, en corrigeant les distorsions dans le système judiciaire, en instaurant un contrepoids à un nouveau régime dictatorial éventuel ou à la corruption des députés du parlement.

Notre «frère» nordique n’est pas disposé à permettre si facilement la création d’un nouvel État alternatif sous son nez. Alternatif sur le fond, les valeurs et la forme d’organisation, d’autant plus que l’Ukraine est aussi profondément intégrée dans la conception de la Russie et de son identité. Il est donc inacceptable de reconnaître les actions agressives de la Russie de Poutine comme ses « intérêts légitimes » en Ukraine. Les citoyens ukrainiens doivent se préparer activement à défendre les gains de la révolution de la dignité en Ukraine.

Comme démontre le développement des événements autour de la Crimée, il n’est pas question de la Crimée en tant que telle. On est face à une opération spéciale ayant pour but le démantèlement de l’État ukrainien radicalement différent de ceux qui existent dans l’espace de l’ex-Union soviétique. Le développement libre de la jeune démocratie ukrainienne se concentrant sur les valeurs occidentales de responsabilité du gouvernement devant les citoyens qui l’ont élu, les droits de l’Homme et les libertés de chacun, l’accès du public aux ressources du pays, la participation active et directe de la société civile dans les décisions politiques du pays semblent une menace directe pour le projet national de la Russie.

Au cours des dernières années, en particulier de ces derniers mois, l’Ukraine a réussi à s’éloigner de la définition ethnolinguistique du projet national ukrainien et de l’identité ukrainienne en général. Aujourd’hui un ukrainien n’est pas défini en tant que tel par son appartenance ethnique, religieuse ou linguistique. Un ukrainien est défini par son attachement aux valeurs d’une société libre et démocratique. Comme démontrent les premiers résultats des études sociologiques du mouvement de protestation « EuroMaïdan », les changements dans le pays ont été atteints par une large coalition de citoyens ukrainiens, qui était composée d’une grande partie des citoyens russophones et des citoyens qui n’étaient pas ethniquement ukrainiens (les premières victimes de la violence contre les manifestants n’étaient pas non plus ukrainiennes, ainsi que la plupart des nouveaux fonctionnaires du gouvernement ukrainien).

Cela montre en particulier que tous ces citoyens voient leurs droits et libertés protégés seulement dans un pays qui professe les principes universels d’une société démocratique et libre : primauté du droit, responsabilité des autorités, protection de la propriété, méritocratie, droit et occasion à l’accomplissement culturel. C’est cela qui a permis d’atteindre l’unité sans précédent de la société ukrainienne autour de ces valeurs et idéaux.

Cependant, aujourd’hui la liberté de l’Ukraine et l’avenir de l’Ukraine sont entièrement entre nos mains – les mains de citoyens ukrainiens qui ne veulent pas vivre selon les règles du régime de Poutine. Il est absolument clair que la Russie d’aujourd’hui, sous Poutine, n’est pas un pays qui professe ces valeurs. Ainsi les citoyens ukrainiens – indépendamment de leur appartenance linguistique, religieuse ou ethnique – devraient-ils être prêts à défendre leur choix de ne pas vivre dans la Russie de Poutine.

En termes pratiques, cela signifie que les citoyens ukrainiens doivent commencer le processus de mobilisation nationale. Cela concerne particulièrement les habitants de l’Est et du Sud du pays ainsi que la Crimée. Seule leur participation directe à l’exposition des intentions russes comme étant agressives et de l’intervention russe comme étant dirigée contre eux personnellement, peut les protéger de l’inclusion obligatoire dans le projet d’État de Poutine. Ce n’est pas l’armée, mais la participation des citoyens ukrainiens ordinaires de l’Est, du Sud et en particulier de la Crimée qui sera cruciale dans la façon dont la situation va évoluer autour de l’ingérence russe dans les affaires intérieures ukrainiennes. Ces initiatives existent déjà et vont très probablement continuer à croître.

Cela est particulièrement d’actualité compte tenu du fait que ni les États-Unis ni le Royaume-Uni, et en particulier l’Union européenne qui n’a pas de présence militaire, ne sont prêts à un conflit armé avec la Russie à cause de l’Ukraine (d’où une déclaration douce du président Obama, même le républicain rigide McCain a exclu une intervention militaire des États-Unis dans un conflit possible [à la 01:35 min. de la réaction citée de McCain]). Le sort ukrainien est désormais entièrement entre les mains des citoyens ukrainiens ordinaires – russes, ukrainiens, arméniens, tatars , hongrois, roumains, ukrainophones ou russophones, chrétiens et musulmans.

Nous devrions absolument voir clair qu’aujourd’hui Poutine vise la destruction maximale du projet d’État ukrainien; la Crimée est simplement un point de départ pour son plan d’action de grande envergure. Les arguments rationnels de la légitimité des autorités de l’Ukraine, l’absence de menaces objectives à l’expression de soi de tous les groupes ethniques en Ukraine et par conséquent l’absence de besoin de leur protection militaire, l’absence de tensions ethniques en Ukraine, l’inadmissibilité d’interférence russe dans les affaires intérieures de l’Ukraine indépendante dans une situation de transformation politique et sociale n’a aucun sens pour la Russie de Poutine. Pour Poutine, l’Ukraine étant un projet d’indépendance si radicalement différent de celui de la Russie devrait être détruite. Ne comptant plus sur Yanoukovych et son entourage, Poutine a décidé de prendre l’affaire en main.

Seulement nous – les citoyens ukrainiens – pouvons sauver l’Ukraine d’aujourd’hui. De la même façon, seulement la pleine défaite de Poutine en Ukraine peut sauver la Russie et ses citoyens ainsi que la prise de conscience par des cercles politiques russes qui proclament ses convictions que la politique d’extermination envers l’Ukraine n’a aucune chance de réussir et aura des répercussions importantes principalement sur la Russie.

Nous pouvons continuer à appeler à la communauté internationale et aux garants de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Cependant, aujourd’hui la liberté de l’Ukraine et l’avenir de l’Ukraine sont entièrement entre nos mains – les mains de citoyens ukrainiens qui ne veulent pas vivre selon les règles du régime de Poutine.


Source : krytyka.com

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone