Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone

/Par Anastasia Ringis, journaliste/
/Article paru sur Ouraïnska Pravda le 8 mai 2014/
/Traduit pas Oksana Kantaruk Pierre/

Hanna Hopko. Source photo : life.pravda.com.ua

Hanna Hopko. Source photo : life.pravda.com.ua

Il y a deux ans linterdiction de fumer dans les restaurants a été votée en Ukraine. A l’époque, cela paraissait impossible. Pour atteindre ce but, plusieurs activistes et les ONG se sont rassemblé en Coalition, dont le travail a été coordonné par Hanna Hopko.

H.Hopko a été activiste du « Secteur Civil de Maïdan ». Cette initiative a rassemblé une centaine dactivistes qui donnaient du sens au mouvement de manière systématique : ils créaient des manifestations, écrivaient des pancartes, et monitoraient avec lopinion publique. Cest cette génération qui distribuait le thé à Maïdan en 2004. Ils ont grandi ; ils ont fini leurs études ; ils construisent leurs carrières, plusieurs ont de lexpérience à linternational.

On les appelle « la classe créative ».

Début 2014, les leaders de linitiative ont publiquement annoncé quils travaillaient sur un projet de sortie de crise et créaient une plateforme nationale « un paquet de réformes de réanimation » (PRR). 120 experts se sont réunis autour de cette idée, et ils travaillent dans 16 directions. Ils ont déjà leurs premiers résultats : les lois votées. Hanna Hopko est une des coordinatrices du « PRR ».

Rien ne larrête. On peut la décrire avec une simple phrase : « Je vois lobjectif, je ne vois pas dobstacles ». La loi de linterdiction de fumer dans les lieux publics, ce n’était que de l’échauffement.


– Comment cette équipe, a-t-elle été constituée ?

Je me souviens, comment Olga Halabala et moi, en tant qu’activistes du « Secteur Civil »  (ndt. de Maïdan) nous avons rencontré M. Jagland, le secrétaire du Conseil de l’Europe. Il admirait notre manifestation contestataire pacifique, mais il nous a prévenues que sans réformer nous ne changerions pas le système. Il est très important de traduire la demande de la société en lois, créer des paramètres d’un État dans lequel nous aimerions vivre.

Au départ, nous étions 15. Ensuite, une fois qu’on a annoncé nos intentions, d’autres gens sont venus pour travailler avec nous : des centres analytiques qui avaient travaillé depuis des années sur des problématiques diverses des lois ; des experts avec des diplômes étrangers, les ONG comme « Nouveau citoyen », « Centre UA ».

Tout le monde comprenait qu’il fallait prendre la responsabilité de réformer le pays. Dans des conditions actuelles, il est difficile de faire confiance aux politiques.

– Votre initiative, comment fonctionne-t-elle ?

Nous avons 16 axes parmi lesquels les axes-clés sont la décentralisation, la réforme anticorruption, la réforme administrative, la réforme de justice, la réforme de santé etc.

Comment travaillons-nous ? Chaque axe a un responsable élu par les membres. Cet expert est reconnu et a une notoriété dans son domaine. Il a une expérience dans l’écriture des projets de lois.

Chaque axe a son manager qui organise le processus : des réunions, l’ordre du jour ; il tire des conclusions et met en avant les objectifs atteints. Les experts décrivent les enjeux des réformes, leurs composantes et établissent les dates butoirs.

Mais on fait aussi état des lois qui ont été enregistrées encore à l’époque de Ianoukovitch.

Ainsi, l’opposition a enregistré une loi sur la transparence des appels d’offre quand en 2012 on apprenait que le régime de Ianoukovitch achetait des framboises 700 hryvnia/kilo (ndt. 70€). Donc le 25 mars 2014 nous avons forcé à voter la loi. Aujourd’hui, toutes les entreprises passant par appels d’offre sont obligées d’afficher ces informations. Cette loi permet une utilisation efficace et rationnelle des ressources.

Encore un exemple. La loi 2207 qui arrêtait le vol au sein des entreprises d’État a été écrite par les trois leaders de l’opposition il y a quelque temps. Mais il n’y avait pas de volonté politique de la voter. Et dès qu’ils sont arrivés au pouvoir nous sommes venus les voir et avons insisté : « Votez la loi que vous avez initiée ».

Et la loi sur l’accès public à l’information : pendant deux ans les journalistes ont combattu pour cette loi. Il fallait simplement voter 50 modifications dans la règlementation. Le 27 mars 2014 tout a été voté. Aujourd’hui, tout citoyen peut prendre connaissance des  plans généraux des villes, d’autres informations qui n’étaient pas accessibles mais qui nous concernaient tous.

– Est-ce que le « système » fait de la résistance de manière active ?

Nous faisons du lobby pour les lois sans lesquelles l’organisme sociétal ne sortira pas des « soins intensifs » : la corruption, la décentralisation, la réforme administrative, le système de justice, la réforme fiscale. Nous forçons, parfois nous devons nous battre.

Par exemple, la loi sur la lustration des juges qui porte le nom « Sur le rétablissement de la confiance envers le système judiciaire » a été votée le 8 avril 2014. La veille les juges ont essayé de changer la situation en convoquant le conseil des juges. Nous avons dû appeler l’AutoMaïdan et la Défense de Maïdan. Le jour du vote nous avons manifesté devant le parlement de 9h à 18h.

– Il y en a certains qui critiquent cette loi, elle n’est pas suffisamment sévère ?

Dans la situation actuelle, il n’est pas possible de faire voter une loi plus exigeante. Il y a eu des tentatives d’affaiblir la loi, y compris des ententes sous le tapis. Aujourd’hui, nous avons préparé des modifications de la loi votée.

Il faut reconnaître que grâce à cette loi tous les juges qui étaient en tête des plus hautes instances des tribunaux administratifs et économiques sont partis, le Haut Conseil de Justice où siégeaient les personnages les plus corrompus a été renvoyé. Et cela permet de réélire les nouveaux membres du Conseil de Justice. Ce conseil est composé de plus de 20 représentants des différents secteurs, ce sont des personnes-clés du système. C’est très important.

Grâce à cette loi, un grand nombre de juges-bandits n’est plus dans le système. La veille, nous avons rencontré l’ambassadrice slovène, nous nous sommes assurés encore une fois que la lustration est indispensable.

En 1991, en Slovénie il n’y a pas eu de lustration, et aujourd’hui ils sont obligés d’organiser un référendum sur l’ouverture des archives parce que les personnes qui étaient au pouvoir en 1991 ne veulent pas qu’on sache la vérité sur eux. Et cela empêche le pays d’avancer.

– Aujourdhui la société civile est tellement active, que par moment elle est capable de remplacer les autorités

C’est le phénomène de Maïdan. La société civile force les autorités à avoir de la volonté politique. Nous rencontrons beaucoup de représentants des institutions européennes et nous leur disons : d’abord les réformes et seulement après, les crédits.

Nous avons participé quand l’UE a offert le State Building Grand à l’Ukraine. « PRR » a travaillé les indicateurs et les conditions pour la réalisation de la réforme.

Nous sommes pris en otage par la situation dans l’Est du pays. La salle du parlement est vide et nous avons une pile de lois qui changeraient réellement le système, il faut les voter maintenant.

Et si les députés ne viennent pas, nous planterons les tentes : 30 lois par semaine ou bien ils ne quittent pas le bâtiment. Mais si nous le faisons maintenant, on nous traiterait de provocateurs.

– Il y a les députés qui font front commun avec vous ?

Notre initiative a un groupe interparlementaire qui s’appelle « La plateforme des réformes ». 24 députés et 5 chefs adjoints des partis l’ont intégré.

Comment ça marche : quand nos experts ont travaillé des lois, nous allons voir la « Plateforme des réformes ». Nos députés les enregistrent au parlement pour le vote. Ils écrivent des lettres à Tourtchynov (ndt. le président de l’Ukraine par intérim et le président du parlement par intérim).

Ostap Semyrak, le ministre du cabinet des ministres a créé un comité de soutien aux réformes. D’autres députés ne faisant pas partie des groupes parlementaires nous soutiennent aussi.

Une synergie est importante pour nous. Nous relevons la barre. Beaucoup de députés nous appellent le « Secteur Droit » de l’écriture des lois et nous disent : « Vous voulez nous remplacer ? ».

– Vous le voulez ?

Nous comprenons qu’il n’y a pas beaucoup de temps. La fenêtre de possibilité est ouverte maintenant, il est possible de changer le système. Les débutés réfléchissent : il y aura peut-être une réélection, il n’y en aura peut-être pas. Je pense que notre initiative se transformera en centre analytique, un bon think tank.

Mais nous avons encore beaucoup de choses à faire. Il y a des lois qui ne sont pas passées.

Par exemple, la loi qui ouvre l’accès au registre des biens immobiliers. Qu’est-ce que cela veut dire ? Dès qu’un nouveau palais est construit dans ta ville, tu ouvres le registre et tu vois à qui il appartient. Aucun fonctionnaire corrompu ne pourra cacher ses biens immobiliers.

Ces mêmes lois existent dans l’Union Européenne. Tout le monde sait où habite Angela Merkel. Quand fin mars, la loi n’est pas passée, plusieurs députés ont été indignés.

Cette loi change les règles du jeu : quiconque se dirige vers le pouvoir doit rendre des comptes, et sa famille aussi. Aucun ministre ne pourra venir pauvre et quitter le ministère en millionnaire.

Le 17 avril nous avons enregistré une nouvelle version de la loi en y intégrant les terrains.

Des registres ouverts existent dans les pays de l’UE, en Chine à Hongkong. Nous avons besoin que la société nous soutienne. Cette loi rendra la politique moins attractives pour les corrompus.

– Vous faites le tour du pays et présentez votre projet et les lois. À quel point est-ce qu’on vous comprend ? Dans la situation actuelle, est-ce efficace ?

C’est notre idée parce que les gens cherchent des réponses : comment le pays va-t-il changer ? Comment vivre maintenant ?

Les réformes, c’est le moyen d’unir le pays. Parce que les problèmes sont les mêmes à l’Est comme à l’Ouest : la corruption dans les hôpitaux, dans les crèches, dans la police, dans les tribunaux.

Quand nous montrons l’algorithme de la décision, les gens comprennent qu’il est possible de mettre de l’ordre.

Nous avons tous besoin de la police, de l’éducation, des critères de sélection des représentants au pouvoir qui soient justes.

Mais nous devons être prêts à vivre une année 2014 difficile. Les réformes ne donnent pas de résultats immédiats. L’Ukraine est en faillite. Nous devons tous apprendre à vivre autrement.

– Qu’est-ce que vous avez à l’ordre du jour ?

Nous favorisons la ratification des Statuts de Rome qui donne la possibilité à l’Ukraine de s’adresser à la cour de la Haye. Nous préparons aussi des modifications de la loi sur le Parquet. La loi sur la police est prête. Il y a une équipe qui travaille sur la loi sur les compagnies off-shore. Les lois sur l’écologie sont en cours de préparation.

Je pense que nous verrons le jour où on n’aura pas besoin de forcer les politiques en organisant des manifestations devant le parlement. Il y aura de la concurrence pour une meilleure stratégie de développement économique pour le pays.

Mais pour l’instant, il faut forcer.


Source : life.pravda.com.ua
Site du « paquet de réformes de réanimation » : platforma-reform.org

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInShare on TumblrEmail this to someone