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/Par Maxime Shcherbina/
/Article paru le 3 mars 2014 sur theinsider.ua/
/Traduit par Julia Mukovoz/

Les manifestants chantent l'hymne national. Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

Les manifestants chantent l’hymne national. Photo © Julien CRESP / Ad Luminem

On naît Russe, Américain, Français ou encore Chinois. Mais on devient Ukrainien. C’est une des principales caractéristiques de notre peuple. Être Ukrainien – c’est un choix bien réfléchi, accompli, d’habitude par une personne déjà adulte. Dans quelques générations ceci disparaîtra, mais aujourd’hui c’est un fait dicté par l’histoire.

En disant ceci, je ne tiens pas compte des extrémités de Galytchyna ou de Donbass – ces points de vue radicalement opposés, pour lesquels le problème de l’auto-identification est résolu depuis longtemps. En revanche, en ce qui concerne le centre et le sud-est – les régions de l’Ukraine avec le taux de population le plus élevé, je suis persuadé que pendant les trois derniers mois, des millions de personnes ont ressenti la naissance de l’Ukrainien à l’intérieur d’eux-mêmes.

Hier encore on était des petits malins, des petits radins et on ne se sentait pas concerné. Aujourd’hui, le mot Ukrainien est assorti des épithètes braves, résistantes, sacrificielles, capables de compassion, de l’entraide et de l’auto-organisation.

Comprenez-moi correctement. Je ne compte pas porter la vychyvanka (ndt : le chemisier traditionnel), écrire des poèmes ou parler ukrainien au quotidien. Que mes enfants le fassent s’ils le souhaitent. Mais j’espère qu’il sera ainsi.

Mais, je chanterai l’hymne de l’Ukraine qui s’est littéralement matérialisé lors des batailles rue Khrechtchatyk du 18-20 février comme un hymne et non comme un rituel obligatoire. Je n’oublierai jamais comment l’eau tremblait dans les flaques le 8 décembre, quand l’assemblée populaire chantait sur Maïdan « nous mettrons l’âme et le corps » (ndt : les paroles de l’hymne de l’Ukraine).

Je répondrai à « Gloire à l’Ukraine ! » par « Gloire aux héros ! » sans aucune barrière intérieure (ndt : la salut des militants de la libération de l’Ukraine durant la seconde guerre mondiale mais qui a eu une nouvelle connotation durant Maïdan).

Je m’appellerai Ukrainien. Car quelque chose de vraiment grand est apparu derrière ce mot. Là, il y a « la Centurie céleste » ! Les gens qui font face aux balles avec des boucliers en bois. La concentration de bêtise, de naïveté, d’idéalisme et de sainteté, le nouveau symbole du peuple ukrainien.

L’Ukrainien a acquis ses traits. Il s’est matérialisé, s’est auto-identifié et a montré son caractère. Maintenant, il est absolument sans importance de savoir comment se comporteront les froussards qui d’abord gémissaient non résolument, et après, en s’étant rattrapé juste à temps, sur des bosses et des cercueils sont rentrés au gouvernement.

L’essentiel consiste en une autre chose. Yanoukovitch, stupide, immesurablement avare, autoritaire et plus grand menteur que Münchhausen, a réussi à faire ce qu’un vrai leader d’une nation aurait eu du mal à accomplir. Le séparateur de proteste sanguin, dans lequel l’Ukraine tournait durant les trois derniers mois, a transformé la population en peuple.

Et maintenant, Poutine, en réunissant la nation face à l’ennemi extérieur, accomplit ce que Yanoukovitch n’a pas fini.

L’Ukrainien a acquis ses traits. Il s’est matérialisé, s’est auto-identifié et a montré son caractère. Il ne se perd plus parmi les Russes, les Polonais, Biélorusses et Moldaves. La révolution la plus importante s’est passée non pas dans le Conseil Suprême (Verkhovna Rada) mais dans les têtes.

N’importe quel consultant en management, bouddhiste ou vendeur de la réussite vous dira, avant tout, que la métamorphose intérieure est indispensable pour pouvoir changer les conditions extérieures. Nous nous sommes métamorphosés.

C’est pourquoi, je n’ai pas de crainte pour l’avenir de l’Ukraine. Il est vrai que les détails donnent des frissons. Ce qui se passe en Crimée, Kharkiv, Donetsk… le comportement des politiques qui ont senti l’ambre du pouvoir et des activistes à Kiev et dans les régions dégoûtent, blessent et font perdre l’espoir.

Mais de manière générale, je suis tranquille pour l’Ukraine, dont je suis devenu une partie intégrale et inséparable pendant ces trois mois.


Source : theinsider.ua

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