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/Par Sonya Koshkina, rédactrice en chef de LB.ua/
/Article paru sur LB.ua le 25 avril 2014/
/Traduit par Oksana Kantaruk Pierre/

Candidats à la présidentielle - Ukraine. Source photo : zn.ua

Candidats à la présidentielle – Ukraine. Source photo : zn.ua

Il reste un mois avant les élections présidentielles. Plus la date approche plus il y a de doutes sur la tenue des élections. Même si le vote a lieu, aura-t-on un résultat ? Le président, sera-t-il élu pour un an ou cinq ans ? Y aura-t-il des élections au parlement suite aux élections présidentielles ?

Le sud-est de l’Ukraine est divisé en molécules électorales

C’est la première fois qu’il arrive que le sud-est n’ait pas un seul leader. Il n’y a pas de leader charismatique qui rassemble des sympathisants partout. Le décalage est trop grand : en partant du leader du parti communiste, on arrive au leader exclu du Parti des Régions (ndt. trois des quatre candidats les plus populaires dans le sud-est représentent le Parti des Régions, mais un seul a été soutenu par tout le parti. Il s’agit de M.Dobkin, soupçonné d’avoir coordonné les activités des « titoushkis », des jeunes sportifs qui terrorisaient les manifestants de Maïdan).

C’est aussi la première fois que lors des élections présidentielles la voix du sud-est ne soit pas une voix décisive. Regardons de plus près. La structure du champ électoral ukrainien est ainsi faite ; elle ne change pas depuis de nombreuses années : les démocrates ont toujours eu 45%, leurs adversaires ont obtenu 55%.

Maintenant prenons en compte la situation actuelle.

Ne serait-ce qu’en Crimée, il y a environ un million huit cents milles électeurs. Laissons de côté ceux qui ont déjà obtenu les passeports russes. Concernant ceux qui ont gardé leurs passeports ukrainiens, la Commission Électorale leur laisse la possibilité de voter. Pour cela, bien sûr, il faudra sortir de Crimée.

Pour voter pendant les deux tours il faut sortir de Crimée quatre fois : deux fois pour s’inscrire sur les listes électorales et deux fois pour voter. Est-ce que c’est faisable ? La réponse est claire.

Nous ne pouvons accuser la Commission Électorale de ne pas vouloir aider. Ici, on fait ce qu’on peut en respectant la loi bien sûr. Formellement, les criméens ont la possibilité de voter mais comment ils le feront ou ne le feront pas, c’est une autre question.

La même situation se produit avec les Ukrainiens de l’étranger. Des centaines de milliers d’Ukrainiens vivent dans d’autres pays du monde (nous n’avons pas chiffre exact, mais il est plus élevé que le nombre des électeurs de Crimée). Mais seuls ceux qui sont inscrits auprès des consulats peuvent voter. Ils ne sont pas nombreux, et ils sont encore moins nombreux à venir voter.

Nous continuons avec Donbass. Sa situation n’est pas meilleure, voire même pire.

Quelques questions toutes simples :

А) Les « bonhommes verts » et les terroristes, comment vont-ils se comporter le jour des élections ?

B) Les séparatistes et les « fous » idéologiques, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

C) Est-ce que les gens pourront venir voter sans crainte pour leur sécurité ? Est-ce qu’ils peuvent être sûrs qu’ils ne seront pas agressés ? Tués ? Ou encore, dans les « meilleures » traditions de la démocratie russe, qu’ils ne seront pas explosés avec leur bureau de vote ? Et pourquoi pas ? Quelle jolie image ! Les autorités de Kyïv sont tellement faibles, qu’ils ne sont pas capables de protéger leurs propres citoyens, et les citoyens eux-mêmes ne voulant pas d’élection font exploser les bureaux de vote. Bien sûr, « les frères du nord » n’y sont pour rien.

D) Le point « C » est d’autant plus important pour les membres des commissions de vote qui doivent compter les voix après la fermeture des bureaux de vote et transporter les urnes dans les centre national.

Les fonctionnaires du ministère de l’intérieur et de la Commission des Élections rassurent en disant que des policiers seront présents aux bureaux de vote et que les bureaux de vote les plus sensibles seront sous une surveillance plus importante.

Les policiers contre les soldats du GRU (ndt. le département général de l’espionnage de la Fédération de Russie) armés jusqu’aux dents représentent une force incontestable, bien sûr. Par ailleurs, le nombre de policiers des unités spéciales ukrainiennes est très limité. Vraiment très limité. Aujourd’hui, ils sont mobilisés dans des endroits de défense sensibles. Il faut comprendre cela. Ne pas semer la panique et ne pas verser d’eau sur le moulin de la propagande.

Les régions de Kharkiv, Odessa, Mykolaïv, Kherson sont d’autres zones de risque. Surtout les régions de Kharkiv et Odessa. Cela se confirme par les cartes qu’Aleksandr Loukachenko (ndt. le président de la Biélorussie) a montré à Oleksandr Tourtchynov (ndt. président ukrainien par intérim) lors de leur dernière rencontre. Le LB.ua avait ses cartes en possession avant, mais pour des raisons évidentes, ne les a jamais divulguées, aujourd’hui Aleksandr Loukachenko a publiquement confirmé l’existence de ces cartes et nous pouvons en informer nos lecteurs.

Le projet a été élaboré par la Russie à la fin de l’année dernière. Tout a été calculé et modélisé. Il était supposé que l’armée russe serait utilisée pour étouffer Maïdan en réponse à l’appel de Viktor Ianoukovitch, président encore légitime à l’époque.

Mais la fuite de Viktor Ianoukovitch ainsi que d’autres événements ont légèrement changé les projets.

Le projet a été reporté, mais personne n’y a renoncé. L’un des points de ce projet comprenait les actions suivantes : suite à l’annexion de la Crimée, l’armée russe se concentrera aux niveaux des frontières terrestres. Sur les cartes, tout est indiqué avec les flèches rouges. Donc ces flèches d’invasion correspondent à la localisation de l’armée russe à nos frontières. Avant cela, il n’existait pas de ligne de marquage claire entre l’Ukraine et la Russie, seulement au niveau des points de douane, mais sans plus. Les saboteurs utilisent les « sentiers de forêt » dont le nombre reste à définir. Les saboteurs viennent en groupes de cinq-six personnes bien armés.

C’est pourquoi, du côté ukrainien on a commencé tout de suite à renforcer les frontières. On creuse des tranchées, on monte des points de contrôle que l’on entoure avec des blocks en béton. Donc l’histoire avec le frère de Sergeï Tarouta (ndt. le gouverneur de la région de Donetsk) est véridique : il fait creuser des tranchées de quatre mètres autour de la région de Donetsk sur ses propres fonds. Cela coûte assez cher comme affaire. Mais les activistes locaux le font malgré tout. Aujourd’hui ils établissent aussi des hérissons tchèques (ndt. des obstacle anti-char statiques en acier composés de pièces soudées entre elles en angle).

Mais le grand prix part à Lougansk, chez les contrebandiers qui ont eux-mêmes (!) bloqué avec du béton tous les points « clandestins ». Les mêmes points qui les ont nourris pendant des années. Mais la Patrie leur est plus chère. Ils sont aussi citoyens de l’Ukraine.

One on One

Bien sûr tous ces préparatifs n’arrêteront pas l’armée russe si l’ordre est donné d’y aller. Mais ils peuvent au moins la retenir un peu.

La semaine dernière, un représentant haut placé des autorités à Kyïv plaisantait : « Ce n’est pas important de quel côté ils viendront, ils sont beaucoup plus nombreux que nous. Tout ce que nous pouvons faire c’est d’aller « entre les gouttes jusqu’à Moscou » (ndt. une référence à une blague ukrainienne).

Son sourire et ses blagues ont été tendus, comme d’ailleurs ceux des autres présents à cette rencontre dans un cercle limité. Mais c’est le seul moyen de garder la tête froide dans les conditions où les canons des centaines de chars se dirigent sur ton pays.

Actuellement, alors que l’opération anti-terroriste bat son plein, l’éventualité de l’invasion est encore plus accrue.

D’après les informations de LB.ua, lors de sa visite à moitié secrète, M.Brennan, le chef de la CIA, a été clair : si au moins un des agresseurs tombe, les russes feront rentrer leur armée.

La dernière déclaration de M.Lavrov, le ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, le confirme.

Et les USA ne pourront aider. Enfin, seulement avec des conserves.

Pendant l’EuroMaïdan, les Américains disaient la même chose : éviter les victimes. « On vous bat ? On vous enlève et on vous amène dans les forêts ? On vous tue ? C’est très désagréable tout ça, mais soyez patients, c’est la prix de la démocratie, vous savez ».

Donc les fonctionnaires ukrainiens connaissent le discours et savent comment le faire sortir par l’autre oreille. Finalement, nous restons seuls à seul avec l’ennemi. Si nous réussissons, bravo ! Gloire à nous !

Sinon, c’est dommage. Dans ce cas-là, l’Occident exprimera « une profonde préoccupation », « l’inquiétude », nous mériterons peut-être même « de la compassion ».

« Le printemps russe »

Revenons à nos moutons : les élections. Comme nous l’avons vu plus haut, le champ électoral connaît de profondes modifications ce qui se reflétera sur le résultat.

Comment sera-t-il ? Selon Mikhailo Okhendovskyi, la loi n’impose pas de limite en matière du nombre de bureaux de vote.

Même si les « bonhommes verts » détruisent 70% de bureaux de vote, les 30% restants suffisent pour formaliser le résultat.

Du point de vue juridique.

Du point de vue politique, il y aura des questions.

Mais est-ce que les élections auront lieu ?

« Bien sûr, elles auront lieu. Notre pays en a besoin », répètent les politiques et les candidats.

Le fait d’élire un nouveau président contribuera à établir un certain nombre de points sensibles :

–          Les discussions sur la « légitimité » (même relative de V. Ianoukovitch) cesseront définitivement ;

–          Les nouvelles autorités renforceront leurs positions et créeront de nouvelles conditions pour compléter tous les postes (étant donné qu’en février on a fait avec ce qu’il y avait) ;

–          Une base de positionnement de la politique extérieure sera formée.

Les élections sont donc très importantes. Leur résultat sera connu après le second tour. Il serait logique de supposer que les provocations majeures des « frères russes » auront lieu à cette date-là et non le 25 mai, comme certains pensent. Cette information est confirmée par les hauts fonctionnaires russes.

V. Poutine s’est radicalisé depuis Genève.

Une bonne nouvelle est que la radicalisation ne suppose pas l’invasion de l’armée (pour l’instant ; V. Poutine, tout aussi comme V. Ianoukovitch dans ses « meilleures années » ressemble à un singe avec une grenade : il est impossible de prévoir son prochain mouvement).

Une mauvaise nouvelle est que la radicalisation suppose :

–          L’escalade de la situation dans le sud-est du pays ;

–          Le renforcement des saboteurs (cette information est confirmée par trois sources russes et une source ukrainienne) ;

La tactique du moment est d’empêcher les élections. Si les élections n’ont pas lieu en mai, elles auront lieu à l’automne 2014 (pas la meilleure solution pour la Fédération de Russie) ou au pire début 2015

Pour la Fédération de Russie, plus tard elles ont lieu, mieux c’est.

Le temps gagné est égal :

A) L’aggravation des problèmes économiques en Ukraine (et cette aggravation est inévitable, le gouvernement ne peut l’empêcher, il y a des raisons objectives qui font que cela arrivera).

B) La possibilité de créer un nouveau leader politique. Dans ce cas-là, la Fédération de Russie obtient le contrôle de plusieurs régions au niveau national.

Et là apparaissent encore quelques éléments intéressants

–          Les termes de présidence

–          Les élections législatives

Maintenant plus en détail.

Le reboot complet

L’article 103 de la Constitution de l’Ukraine nous dit : « Le président est élu pour cinq ans ».

Ainsi, une question est apparue : est-ce que le président élu cette année (s’il est élu) sera président pendant cinq ans ou seulement pendant un an ? Cette question a inquiété les députés du parti « OUDAR » (ndt. « L’alliance démocratique pour les réformes de l’Ukraine », le parti de V.Klitchko) et ils se sont adressés à la Cour Constitutionnelle de l’Ukraine.

La réponse à cette question ne doit en aucun cas être ambigüe : le terme est de cinq ans. Telle a été l’explication de nombreux experts à qui LB.ua a posé cette question.

La nature de cette question provient de la légitimité de la rupture du mandat de V. Ianoukovitch.

Le 21 février V. Ianoukovitch a signé l’accord qui prévoyait les élections présidentielles anticipées. Il s’agit là d’un accord un peu « supra-constitutionnelle ». Cela rappelle l’année 1995. À l’époque, un accord a été signé pour annuler la constitution soviétique jusqu’en 1996 quand la nouvelle Constitution de l’Ukraine a été adoptée. La Constitution ne peut gérer toutes les nuances de la vie politiques dans un Etat. Surtout suite à des précédents anormaux (comme la fuite du président quand il démissionne de facto). Dans ces cas-là, on pratique des accords constitutionnels.

La demande à la Cour Constitutionnelle a été faite le 22 avril.

Nous n’avons pas encore d’information concernant le juge qui sera nommé comme rapporteur mais nous espérons que l’affaire sera rapidement traitée et que la réponse sera donnée dans les meilleurs délais. Valerii Karpountsov, un des auteurs de la requête constitutionnelle, a commenté : « Nous pensons que le président doit être élu pour cinq ans. Mais nous répétons que c’est la Cour Constitutionnelle qui doit stipuler et clarifier les choses ».

Normalement, la Cour Constitutionnelle peut stipuler rapidement. L’essentiel c’est que la réponse soit donnée avant le 25 mai, donc indépendamment des résultats du premier tour.

Encore un aspect non négligeant d’actualité et concerne toujours « OUDAR ».

La dissolution du parlement était un des slogans de Vitalii Klitchko (quand il pensait se présenter). « C’est une des demandes essentielles de Maïdan », expliquait alors Vitalii Kovaltchouk, le bras droit de V.Klitchko.

Beaucoup de choses se sont passées depuis cette époque. V.Kovaltchouk est devenu chef de campagne de Petro Porochenko (ndt. un des candidats à la présidentielle, V.Klitchko l’a soutenu publiquement) et c’est comme si on avait oublié la dissolution du parlement. Cependant « le reboot » parlementaire est un des points-clés de l’union entre Klitchko et Porochenko.

Il n’y a pas de raisons de penser qu’en cas de l’élection de Porochenko, cette clause sera respectée.

Bien sûr, pour un président nouvellement élu, il est plus simple de reconcentrer les députés déjà présents dans la Rada à sa manière, mais il faut respecter l’accord. Et les députés qui réfléchissent qui soutenir pour continuer dans la politique doivent s’en souvenir.


Source : lb.ua

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