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/Par Ihor Loutsenko, journaliste et activiste citoyen/
/Article paru sur Ouraïnska Pravda le 3 mai 2014/
/Traduit pas Mariana Prokopiuk/

Le centre-Est est composé principalement de la population russophone, des représentants du Parti des régions faisant encore partie des autorités locales. Dans ce contexte la région de Dnipropetrovsk pourrait devenir une région séparatiste, de même que les régions de Louhansk et Donetsk. Toutefois, les séparatistes se sont arrêtés à la frontière de la région de Dnipropetrovsk.

Maintenant Dnipropetrovsk ressemble plus à la capitale de l’Ukraine que la « mère des villes de la Rus’ » même (ndt. une allusion à Kyïv).

Pourquoi alors ?

Il s’avère que la réponse ne consiste pas dans l’argent ou des capacités de gestion exceptionnelles du milliardaire Ihor Kolomoïsky (homme d’affaires, oligarque né au sein d’une famille juive ukrainienne. Ihor Kolomoïsky est le principal actionnaire du Privat Group et le président de facto du FC Dnipro Dnipropetrovsk), qui occupe maintenant le poste de gouverneur. Ici on lutte acharnement pour l’unité du pays. Et semble-t-il que cette lutte n’est pas aussi formelle et bureaucratique que populaire.

On voit considérablement cette composante populaire devant le bâtiment de l’administration publique régionale de Dnipropetrovsk – là-bas il y a toujours des groupes de gens, l’atmosphère de Maïdan y règne qui s’amplifie par deux pianos à côté des escaliers.

Contrairement à beaucoup d’autres villes, ici la publicité socio-politique ne se limite pas à Dobkine et Porochenko (ndt. les candidats à la présidentielle). Dnipropetrovsk est saturé par des panneaux publicitaires qui font campagne pour l’unité du pays, qui appellent à rejoindre des forces armées ukrainiennes ou bien qui parlent d’une manière créative des relations russo-ukrainiennes.

« Nous avons un mois d’avance sur Kyïv », – dit, le commandant de la Défense nationale de Dnipropetrovsk. Leur siège avec des cartes de la Crimée aux murs est situé au rez-de-chaussée du bâtiment de l’administration publique régionale.

Yuri Bereza. Photo © Kouz'ma Djoun'.

Yuri Bereza. Photo © Kouz’ma Djoun’.

Bereza se vante que même Paroubiy, le secrétaire du Conseil de Sécurité nationale ukrainien, vient à Dnipropetrovsk pour reprendre leur expérience. Sviatoslav Oliynyk, l’adjoint du chef de l’administration régionale, dit qu’ils avaient même discuté de l’idée du déménagement de Paroubiy à Dnipropetrovsk : « Nous sommes prêts à fournir un bureau, tout ce qu’il faut ».

La paix intérieure de la région de Dnipropetrovsk n’est pas si facile à maintenir. Durant toute la période post-révolutionnaire il y a eu plus de 2 800 demandes de la tenue des manifestations déposées pour un nombre total de 2,5 millions de participants.

Des tentatives d’assaut des bâtiments administratifs dans des localités différentes dans la région surviennent aussi, mais sans aucune violence et sans idées séparatistes, principalement dans le cadre du chaos post-révolutionnaire. À l’heure actuelle, les autorités locales réussissent à éteindre les conflits de manière relativement paisible.

Ici, on n’aime pas les séparatistes : un activiste de l’auto-défense locale Oleksiy dit qu’en cas d’apparition de ces derniers, les locaux sont capables de rassembler 10 mille personnes en une heure, une heure et demie, et encore 10 mille dans l’heure qui suit. Par exemple, cette mobilisation intensive s’est produite quand une manifestation séparatiste a rassemblé 2 000 personnes. Après cela des tentatives ne se sont plus reproduites.

Les séparatistes de la région de Donetsk ne mettent pas leurs pieds à Dnipropetrovsk, – en outre, ils préfèrent pour l’instant de ne pas se déplacer dans la direction de Dnipropetrovsk même sur le territoire de leur région.

Parmi les représentants du siège de la défense nationale il y a non seulement des représentants du parti Svoboda, du Secteur Droit etc, mais aussi des ultras de foot, des clubs de combat.

La clé de la réussite de la région de Dnipropetrovsk est aussi simple à comprendre que difficile à mettre en pratique. C’est la présence d’auto-organisation réelle de grande envergure parmi les gens, autour de l’idée de la défense contre l’ennemi extérieure.

« Le régiment est à la base de tout », – dit Yuri Bereza. Le régiment de l’auto-défense compte 4 000 combattants confirmés dans toute la région, et environ 7 000 qui sont en phase des épreuves.

Les combattants ordinaires passent quelques heures par jour pour les devoirs militaires, les commandants travaillent constamment, en touchant un salaire qui reste quand même très symbolique, environ 2 000 hryvnyas par mois (ndt. moins de 200€).

Les petits drapeaux sur la carte montrent la localisation des centuries d'auto-défense. Photo © Kouz'ma Djoun'.

Les petits drapeaux sur la carte montrent la localisation des centuries d’auto-défense. Photo © Kouz’ma Djoun’.

Le cœur de la centurie c’est 30-50 hommes, la possession des fusils de chasse enregistrés officiellement est l’exigence numéro un. « L’idée principale du régiment consiste à mobiliser et d’identifier les gens à qui on pourrait confier les armes en cas d’agression. Le régiment est un prototype de la future Armée de réserve », – a dit Bereza.

L’essentiel du travail consiste à assurer la garde sur des points de contrôle avec des représentants de la Garde Nationale. Le régiment est divisé en centuries selon un principe territorial qui ont leurs propres points de contrôle. Le nombre des ces points de contrôle augmente, actuellement il y en a plus d’une trentaine dans la direction de l’est et du sud. Après une attaque dans la région d’Odessa (ndt. une explosion sur un point de contrôle), des habitants de la région de Dnipropetrovsk cherchent des filets de protection contre des grenades.

La seconde composante de la réussite c’est le gouvernement qui n’empêche pas les initiatives civiles, même celles qui ont un caractère militaire à moitié légale. « Nous saluons toute initiative, mais nous intervenons et les ajustons en cas de nécessité », – affirme Oliynyk.

Deux détachements locaux ont été créés : un bataillon au sein du Ministère de l’Intérieur, et l’autre au sein de l’armée.

Cependant, le Service de Sécurité (SBU) local n’est pas si loyal à des milices. Mais selon les on-dit, ils ont vite compris que grâce au soutien actuel de la population le régiment de la défense est la force numéro un devançant la police, l’armée et les services de sécurité.

On fait aussi des projets pacifiques. À côté du village Slavianka, à la frontière avec la région de Donetsk, la communauté locale en collaboration avec l’administration régionale a commencé la création de la Sitch (ndt, le centre de vie de l’époque des cosaques) de Donetsk et Dnipropetrovsk. Cette localité inclura un festival permanent, une foire et un camp. On planifie de transférer la scène de Maïdan de Kyïv, inviter des stars. En fait, ça doit rappeler en quelque sorte Maïdan.

Ce village se trouve à 90 kilomètres de Donetsk. Le territoire accessible pour faire la Sitch est de 10ha. Le secteur de loisirs comprendra des manèges traditionnels, on pense aussi à aménager un zoo.

Il est prévu de vendre des produits des agriculteurs et de la population locale, des produits faits main. Afin d’attirer les citoyens de la région de Donetsk, on prévoit  des avantages comme un bus spécial pas cher depuis Krasnoarmiisk. D’ailleurs, là-bas se trouvent les premiers points de contrôle des séparatistes, le commencement de la terre « étrangère ».

L’idée de cette activité est l’expansion culturelle, la conquête de la terre et des gens par l’atmosphère positive et non pas par des « bonhommes verts ».

Les rumeurs sur le financement de tout et la prise en charge complète par Ihor Kolomoïsky ne sont pas justifiées. « C’est le bénévolat qui est à la base du travail de notre département de la défense nationale ».

Bereza se plaint que le gouvernement de Kyïv est en retard avec les lois nécessaires – son activité peut être qualifiée d’organisation de groupes armés criminels : « Selon la loi, nous sommes une organisation de groupes armés criminels, mais une organisation gentille ».

« Nous sommes prêts. Tout commencera mal pour les Russes. L’Afghanistan et la Tchétchénie leur paraîtra une promenade de santé ».


Source : pravda.com.ua

 

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