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/Texte et photos d’Iren Moroz/
/Traduit par Mariana Prokopiuk/

/Les photos sont la propriété de l’auteur et ne peuvent être réutilisés sans son autorisation préalable. *Cliquez sur les photos pour les agrandir/

Une trêve temporaire, rue  Grushevskogo

Dimanche, le 01 décembre 2013

La mairie de Kyïv. J’étais chez moi quand j’ai été informée que des activistes ont pris d’assaut la mairie. Je suis arrivée à la mairie vers minuit. Au début, les gens venaient à la mairie comme dans un musée, pour se photographier. Plus tard, ils se sont installés à la mairie qui est devenue un des sièges des manifestants qui servait d’endroit pour dormir, se soigner, se restaurer ou bien s’informer.

L’homme tient le portrait avec le symbole du peuple ukrainien, l’écrivain Taras Shevtchenko.

L’homme tient le portrait avec le symbole du peuple ukrainien, l’écrivain Taras Shevtchenko

Mardi, le 03 décembre 2013 

Pour comprendre comment fonctionnait la cuisine pendant la révolution, j’ai commencé à chercher l’endroit d’où l’on sortait tous ces plateaux avec des sandwichs. Dans la cuisine il y avait beaucoup de bénévoles. Ils triaient de la nourriture, préparaient et ramenaient tout à Maïdan pour nourrir des manifestants. J’ai été frappée par la quantité de nourriture. Thé, citron, sucre, gingembre, charcuterie, fromage, pain, sauces … Tout cela était en très grandes quantités. Des gens de toute l’Ukraine nourrissaient des manifestants à leurs propres frais. Des activistes ont tout organisé eux-mêmes : vêtements chauds, médicaments, cuisine… J’étais impressionnée par cette organisation et entraide.

Un homme distribue de la nourriture aux manifestants

Mardi, le 03 décembre 2013

La mairie de Kyïv.

La mairie de Kyïv

Mardi, le 10 décembre 2013

C’est un homme extraordinaire ! N’ayant pas de jambes, il est venu, lui aussi, pour soutenir Euromaïdan. Des morceaux de pneus étaient fixés sur ses genoux. C’est comme ça qu’il se déplaçait. Il flirtait même avec des jeunes filles. Il est devenu un héros pour moi !

Un handicapé est venu pour soutenir Euromaïdan

Samedi, le 14 décembre 2013

Les partisans du président Ianoukovitch sont venus sur la place pour défendre leur chef. Les gens sont assez agressifs. Ils sont nerveux et ont une attitude inadéquate envers la presse. Ce jour-là, j’étais très inquiète car c’était ma première couverture des événements du point de vue des défenseurs du gouvernement de Ianoukovitch. On a promis à ces gens 100 hryvnyas par jour (environ 10€) pour avoir participé à la manifestation, mais on les a trompés. De ce fait, les gens sont devenus encore plus agressifs y compris envers la presse. Heureusement pour moi, ce jour se passa sans incident.

Samedi, le 14 décembre 2013

Les partisans du président Ianoukovitch sont en train de rentrer d’une manifestation, en passant devant le Cabinet des Ministres de l’Ukraine. J’ai été attaquée par un homme qui a essayé de saisir mon appareil photo. Il s’est indigné d’être photographié. Grâce à mes collègues, le conflit a été vite résolu.

Manifestants pro-Ianoukovitch devant le Cabinet des Ministres de l'Ukraine

Mardi, le 14 décembre 2013

Tout est calme. Les gens se ressemblaient à Maïdan, chantaient des chansons, discutaient gaiement, espérant un avenir meilleur. Je passais par Maïdan en me précipitant pour rencontrer un ami. On entendait de la bonne musique, les gens avaient l’air heureux… Je ne comptais pas faire de photos, mais ces gens étaient tellement rayonnants que je ne pouvais pas m’empêcher de les prendre en photos. Ce soir là, j’ai raté mon rendez-vous et suis tombée malade car je suis restée trop longtemps avec eux. J’ai été malade pendant une semaine.

Dimanche, le 12 janvier 2014

L’administration du Président était gardée par Berkout. Des manifestants réclamaient la démission de Ianoukovitch et proposaient de prendre d’assaut l’administration. J’avais trop peur pour ma sécurité, car un grand nombre de journalistes ont été battus par Berkout. Certains journalistes étaient blessés par des éclats de grenades assourdissantes et ne pouvaient plus travailler. En tant que freelance, je ne pouvais pas risquer ma vie pour la photo. En connaissant le risque, je me tenais à l’écart des points les plus chauds. Je n’avais ni masque respiratoire, ni gilet pare-balles. Même à 100 mètres, je sentais l’impact du gaz lacrymogène. J’avais les larmes aux yeux et la gorge irritée en permanence à cause du gaz.

L’administration du Président gardée par Berkout. Des manifestants réclament la démission de Ianoukovitch et proposent de prendre d’assaut l’administration.

Lundi, le 20 janvier 2014

Le risque d’endommager l’appareil photo ce jour-là était très fort. Berkout tirait des balles en caoutchouc principalement sur des photographes professionnels et des caméramans. De nombreux collègues ont perdu leurs objectifs ce jour-là.

Au lendemain de la bataille rue Groushevskogo

Jeudi, le 23 janvier 2014

Une trêve temporaire après les affrontements entre Berkout et des manifestants, rue  Grushevskogo, quand il y a eu des premières victimes d’Euromaïdan tuées par balles et de nombreux blessés. Ce jour-là des manifestants fortifiaient des anciennes et construisaient de nouvelles barricades. J’ai été très impressionnée par l’atmosphère rue Grushevskogo. Lorsqu’on a éteint le feu, mais les pneus continuaient à fumer, un manifestant musicien a grimpé sur les barricades en pneus et a commencé à chanter l’hymne national de l’Ukraine. C’était un acte patriotique qui a fortement soutenu les manifestants.

Mercredi, le 29 janvier 2014

Dans l’attente d’un éventuel assaut de la part de Berkout, des manifestants se réchauffent devant un feu par grand froid. Dehors, il faisait environ -20°. Leur volonté et le désir d’être libres m’ont beaucoup impressionnée. Ils sont prêts à défendre leur position jusqu’au dernier.

Manifestants se réchauffent devant un feu. Dehors, il fait environ -20°.

Dimanche, le 02 février 2014

Vitchè (rassemblement du peuple) du dimanche. Des centaines de milliers de gens sont venues à Maïdan pour décider quoi faire et discuter avec les représentants de l’opposition. J’ai eu la chance de monter sur le toit de la Maison des Syndicats pour prendre en photos Maïdan vue d’en haut. C’était la première fois en deux mois. Je n’ai jamais vu une telle foule d’en haut. C’était impressionnant de voir tous ces gens réunis par une idée commune.

Dimanche, le 4 février 2014. Maïdan vue d’en haut

Samedi, le 01 mars 2014

Après la première victoire d’Euromaïdan et la fuite du président déchu, on a vu des publications sur des réseaux sociaux avec un appel de nettoyer Kyïv. Ce jour-là il y avait beaucoup de volontaires venus pour nettoyer Maïdan et les rues voisines où il y avait eu des affrontements. Juste devant mes yeux on a trouvé beaucoup de douilles des armes qui ont servi à tuer des manifestants. Un garçon a retiré de la terre un anneau d’une grenade à main. Ça s’est passé juste à mes pieds. Nous avons pensé que c’était une vraie grenade et nous nous sommes dispersés dans différentes directions. On ne sait jamais, ça aurait pu arriver, mais heureusement, tout s’est bien passé. Nous avons beaucoup ri après cette situation.

Sur la deuxième photo du diaporama photo on voit quelques manifestants qui ont participé ce jour au nettoyage rue Grushevskogo. On ramassait des déchets et des douilles, on rangeait les pavés…


À propos de la photographe Iren Moroz

Iren Moroz
  • Expérience de 12 ans en tant que photographe documentaire et photojournaliste.
  • Finaliste du concours photo « Photographe de l’année 2012 (1ère place dans la nomination – la photographie documentaire), la participation à l’exposition «Photographe de l’année 2012» 22/02/2013 – 25/02/2013, dans la galerie « M17″, Kyïv.
  • Exposition personnelle pendant le festival « Tchernigiv photo festival » de 9/06 – 30/06/2013 Tchernigiv, Ukraine.
  • Participation à l’exposition « We are on top » 31/01/2013 – 10/02/2013, dans la galerie « Pecherskaya » de Kyïv, en Ukraine.
  • Participation à l’exposition « Association des photographes de famille », photos de famille. 20/01 – 10/02/2013, dans le bar « the Guard » à Kyïv, Ukraine.
  • Participation à l’exposition « 4 383 jours de l’enfance » à Minsk.
  • Participation à l’exposition « Je suis contre la violence » reportage photo « Nastia » au Musée d’art moderne à Kyïv, Ukraine.
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