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/Texte en ukrainien et photos de Ksenia Prokopets/
/Traduit par Mariana Prokopiuk/


/Photo argentique noir et blanc. Les photos sont la propriété de l’auteur et ne peuvent être réutilisées sans son autorisation préalable. *Cliquez sur les photos afin de les agrandir./

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. La dernière ligne de barricades séparant les manifestants des soldats des troupes internes et des forces spéciales « Berkout », quelques jours avant la terrible effusion de sang du 18-20 février, banalisée par les autorités. Une trêve temporaire.

Sur les barricades on voit des hommes ukrainiens ordinaires qui grâce a un sens aigu de la justice se sont sentis obligés de s’opposer à un gouvernement qui maltraitait son propre peuple.

Mon attention a été attirée sur le contraste entre le paysage endommagé par des récents combats et les passe-temps pacifiques des manifestants: lecture, dessin, piano sur fond de voitures brûlées, de terre battue, de pneus et de barricades et le tout seulement à quelques mètres des policiers armés, qui dans quelques jours tireraient sur eux.

Il y avait trop de surréalisme là-bas, qui, dans la vraie vie semble impossible à entrevoir. La réalité est déchirée, on y voit un autre monde, parfois meilleur que le nôtre, et parfois – incompréhensible, impénétrable et noir.

Ces trois mois depuis le début d’Euromaidan sont comme une vie entière. D’abord nous étions inquiets pour les étudiants innocents battus et nous craignions de perdre le confort, l’argent ou notre travail.

Puis, avec l’accentuation de la confrontation, nous observions avec horreur, la perte de l’une des plus grandes valeurs humaines – la vie.

Nous avions pleuré sincèrement les premières victimes tuées ou blessées. Lorsque le nombre de ces héros morts s’est approché de la centaine, “une Centurie Céleste”, il semblait que cette douleur était insupportable. Elle est toujours aussi insupportable.

On pensait déjà qu’il n’y aurait plus de peur. Mais non – maintenant il y a la peur de perdre notre propre pays.

La plupart des ukrainiens s’inquiètent beaucoup et ce, depuis longtemps. C’est la sensation quand au réveil, la première chose que tu regardes ce sont les nouvelles pour savoir si quelque chose de mauvais s’est passé pendant la nuit … par moment ces mauvaises choses arrivent … et cela s’est produit à plusieurs reprises.

Pendant ce temps, nous sommes devenus plus mâtures, flexibles et rugueux ; il me semble que nous ne pourrons plus jamais vivre comme avant. Je suis sûre que les grands sacrifices de la “Centurie Céleste”, leur veille invisible ne nous laisseront pas oublier et trahir les valeurs humaines nées à Maidan.

Ce qui reste de plus lumineux, c’est ce sentiment de fierté pour sa nation, forte et invaincue, et la conviction qu’après tout ce qui s’est passé, la victoire sera la nôtre. Quoi qu’il arrive.

En montrant les photos prises rue Groushevskogo, je participe à ma propre thérapie. C’est comme essayer de parler de son plus grand tourment, c’est comme une catharsis. Le pire pour moi c’est de réaliser qu’il m’est impossible de savoir si les personnages de mes photos sont encore vivants après les événements du 18-20 Février 2014…


Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. La dernière ligne de barricades séparant les manifestants des soldats des troupes internes et des forces spéciales « Berkout », quelques jours avant la terrible effusion de sang du 18-20 février, banalisée par les autorités. Une trêve temporaire. Un des moments surréalistes où les prêtres sont entrés en terrain neutre entre les manifestants et la police pour prier pour la paix.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Groushevskogo. Portrait d’un jeune manifestant devant la dernière ligne de barricades.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Portrait d’un manifestant pacifique avec l’icône.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Le manifestant fume une cigarette après avoir joué du piano situé sur un bus brûlé.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Portrait d’un jeune manifestant lisant un livre.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Portrait d’un jeune manifestant qui dessine.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Portrait d’un peintre qui peint sur le vif.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. « L’Ouest a armé les manifestants », disait la propagande pro gouvernementale. En vérité on voit des fourches et des bâtons.

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Les manifestants sur fond de l’entrée principale du stade « Dynamo » de Valeriy Lobanovskiy. Sur l’affiche on voit le portrait de l’entraîneur légendaire de foot Valeriy Lobanovskiy et l’inscription – « Lobanovskyy pour toujours. »

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Ukraine. Kyïv. Février 2014. Rue Groushevskogo. Les manifestants sur fond du monument de l’entraîneur légendaire de foot Valeriy Lobanovskiy enveloppé soigneusement d’un tissu afin de le protéger des dommages.

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À propos de l’auteur

Ksenia Prokopets, habitante de Tchernivtsi, a été diplomée d’économie, mais elle a toujours préféré la photographie. Elle utilise des appareils argentiques, et apprécie tout particulièrement les pellicules en noir et blanc qu’elle peut développer. Après sa première exposition elle a arrêté la photo pendant un moment. Mais le retour à la photo était un désir conscient de montrer le monde à travers son regard personnel.

Les photos de Ksenia sont actuellement exposées à la galerie d’art « SweetArt-Znannya » à Tchernivtsi (l’ouest de l’Ukraine).

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