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/Interview par téléphone du photojournaliste danois Niels HOUGAARD sur sa couverture des récents événements en Ukraine, réalisée le samedi 15 mars 2014 pour Chroniques Ukrainiennes/
/Par Arnaud LUMET/

/Les photos sont la propriété de l’auteur et ne peuvent être réutilisés sans son autorisation préalable. *Cliquez sur les photos pour les agrandir/

Un prêtre en train de prier

Un prêtre en train de prier

Arrivé le jeudi du 20 février 2014 et rentré début mars 2014, Niels HOUGAARD est passé par Kyïv, Donetsk et la Crimée. Il nous livre à travers son vécu et ses photos un témoignage fort.

Niels s’est rendu en Ukraine le jeudi 20 février 2014 en fin d’après-midi, avec un autre journaliste danois afin de couvrir les événements à Kyïv. Dans l’avion qui les mène dans la capitale ukrainienne ils apprennent ce qui s’est passé le matin, très vite ils réalisent l’instabilité et le danger et décident de se rendre au plus vite auprès des personnes blessées pour témoigner de la violence qui s’est abattu sur Kyïv ce jour là.

N’ayant pas eu accès facilement aux blessés, ils décident de se rendre directement sur les barricades, où les événements ont lieu. Là il y avait du sang, du sang “frais”.

Photo © Niels Hougaard. Kyïv, le 20 février 2014.

Photo © Niels Hougaard
Kyïv, le 20 février 2014.

Ayant le sentiment d’être arrivé un peu tard compte tenu des événements de la matinée et restant dans l’expectative de la nuit suivante, ils rencontrèrent par hasard un de leurs compatriotes danois aussi reporter, qui n’avait pas dormi depuis 24 heures. Celui-ci leur explique comment les choses se sont enchaînées avec une grande rapidité, ils lui demandent où se rendre, mais la réponse est sans équivoque, partout, il y avait tellement de sujets et de lieux à couvrir.

Photo © Niels Hougaard. Kyïv, le 20 février 2014.

Photo © Niels Hougaard
Kyïv, le 20 février 2014.

Niels avec son confrère est resté malgré tout sur ces barricades et suit les gens qui les gardent. Il sent et capture l’appréhension d’une nouvelle nuit d’affrontement. Même si l’atmosphère s’était calmée, elle restait pesante, ces personnes ont peur des snipers, ils brûlent des pneus pour se protéger des tirs en créant un épais nuage de fumée pour passer la nuit.

Un prêtre est là, avec sa croix, il a sans doute échappé aux snipers du fait de son statut, enfin c’est que l’on peut penser. Il prie sans cesse.

Photo © Niels Hougaard. Kyïv, le 20 février 2014. Un prêtre est en train de prier.

Photo © Niels Hougaard
Kyïv, le 20 février 2014. Un prêtre est en train de prier.

Le samedi 22 février 2014 c’est la stupeur, à son réveil Niels découvre sur Twitter avec étonnement que Yanoukovitch avait fui et que les bâtiments gouvernementaux étaient libres. Sur place il prendra un de ses meilleurs clichés représentant le bonheur de personnes d’autodéfense de Maïdan devant des bâtiments officiels, là où la veille des policiers en nombre protégeaient ce quartier.

Photo © Niels Hougaard. Kyïv 22 févier 2014. Sentiment de bonheur de personnes d’autodéfense de Maïdan devant des bâtiments officiels.

Photo © Niels Hougaard
Kyïv, le 20 février 2014.
Sentiment de bonheur de personnes d’autodéfense de Maïdan devant des bâtiments officiels.

Le samedi 22 février 2014, au soir Niels sera présent et livrera un témoignage poignant quant à sa participation à la cérémonie d’hommage aux héros morts. Un de ses clichés montre une veille dame avec une bougie à la main.

Photo © Niels Hougaard. Kyïv, le 22 février 2014. Hommage aux morts.

Photo © Niels Hougaard
Kyïv, le 22 février 2014.
« Habituellement je ne pleure pas dans mon travail. Mais aujourd’hui je l’ai fait. Un père a dit au revoir à son fils mort durant la bataille. Aucun père ne devrait dire au revoir de la sorte à son fils. Je pense que toute la place Maïdan à pleuré, je l’ai fait aussi en tenant la main de cette vieille dame sur la photo ».

Il écrira :

« Habituellement je ne pleure pas dans mon travail. Mais aujourd’hui je l’ai fait. Un père a dit au revoir à son fils mort durant la bataille. Aucun père ne devrait dire au revoir de la sorte à son fils. Je pense que toute la place Maïdan a pleuré, je l’ai fait aussi en tenant la main de cette vieille dame sur la photo ».

Niels, son confrère danois et une interprète se sont rendus ensuite dans l’Est du pays. Le but était d’avoir l’opinion de l’autre camp, indispensable pour leur travail. En arrivant à Donetsk ce fût la stupeur car il a rarement eu autant de difficulté à photographier des gens et ce dans toute sa carrière de photojournaliste à l’international. Il a passé 8 heures à marcher, discuter et rencontrer des gens, souvent âgés dans des villages autour de Donetsk. Mais le sentiment général était la peur, peur d’être photographié, un moment très dur pour lui, frustrant.

Ce type de situation, il va le retrouver en Crimée, où pour lui c’était un sentiment de tension et d’attente sans réelle violence. Les gens étaient dans l’expectative face à ses “ghost troop”, troupes fantômes comme on les appelle là-bas. Il ne s’est jamais réellement senti en danger mais il ne fallait pas trop s’approcher de ces soldats sans insigne, même si en comparaison à des milices locales beaucoup plus agressives dans leur comportement, ces soldats fédéraux étaient ordonnés et silencieux.

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard
Mars 2014, Crimée

Certaines personnes ont essayé de discuter à maintes reprises avec ces hommes en vert, notamment sur une de ses photos une femme leur demande en russe qui sont-ils et qu’est-ce qu’ils veulent faire.

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard
Mars 2014, Crimée

La méfiance était de mise, car à chaque cliché un refus systématique lui interdisait souvent de le faire. Niels répondait aux gens qui lui disaient qu’il avait pas le droit de le faire, qu’il pouvait le faire et en avait le droit, mais le rapport de force était déséquilibré car face à 20 miliciens pro-russes il fallait se tenir à carreau, d’autant que des histoires circulaient sur des collègues internationaux qui auraient subi des pressions, des agressions.

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard
Mars 2014, Crimée

Cette tension a grandi au fur et à mesure du temps et de l’emprise des troupes fantômes sur la péninsule, sans doute avec une présence militaire pro-russe les milices se sentaient de plus en plus en confiance.

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard
Mars 2014, Crimée

Pourtant certaines manifestations pro-ukrainiennes subsistent, aussi d’autres formes de résistances comme ce groupe de rock punk Dom Terpimosti qui n’a pas peur de comparer Poutine à un “Fucking Dark Vador”.

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard.
Mars 2014, Crimée

Photo © Niels Hougaard. Mars 2014, Crimée. Une manifestation pro-ukrainienne.

Photo © Niels Hougaard
Mars 2014, Crimée. Une manifestation pro-ukrainienne.

Selon Niels le rapport de force est inégal, comme les allemands pendant la seconde guerre mondiale, les danois on dû se soumettre en tout cas sur la forme. Mais ensuite une résistance s’organisa. Sera t-il le cas de la Crimée ? Cependant à part les tatars, cette péninsule reste profondément ancrée dans l’âme russe et de nombreux de ses habitants sont heureux de rejoindre la grande fédération de Russie comme ils l’appellent.


À propos du photojournaliste Niels Hougaard

Niels Hougaard

Niels Hougaard

  • 4 récompenses Pressphoto de l’année au Danemark.
  • 2 premiers prix aux récompenses danoises Fujifilm.
  • 1 prix européen Fujifilm – photographie du sport 2006.
  • Mention honorable aux récompenses internationales de la photographie 2010.
  • Page Facebook
  • Site

Photojournaliste danois Niels Hougaard est né et a grandi à Hirtshals sur les rives tumultueuses du Jutland du Nord. Lorsque les pêcheurs locaux partaient en mer, Niels restait à terre et rêvait d’y aller aussi. Plus tard, il partira à travers le monde du haut de ses vingt ans avec un appareil photo à l’épaule. Il a été embauché comme photographe par l’hebdomadaire de gauche « Socialisten Week-end » pour lequel il a suivi à plusieurs reprises la guerre en ex-Yougoslavie.

Au cours des dernières années, il s’est concentré sur des courts voyages de presse qui l’ont amené sur les points chauds de la planète et sur de nombreux conflits comme en Irak, au Liban, en Palestine / Israël, Congo, Ouganda, Afghanistan, Chine, Birmanie internationales et les dernières scènes du printemps arabe en Libye, Tunisie et Egypte.

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