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/Par Denis Kazanskyy, blogueur de Donetsk/
/Article paru le 22 mars 2014 sur Oukraïnskyy tyjden’/

/Traduit par Solomiya Martynovych/

Photo © Niels Hougaard. Donetsk. Février 2014. La patrie de Ianoukovitch.

Photo © Niels Hougaard. Donetsk. Février 2014. La patrie de Ianoukovitch.

Les actions des séparatistes à Donetsk perdent leur sens de jour en jour. C’est déjà évident que le plan initial des forces pro-russes consistant à semer le désordre et provoquer ainsi l’introduction des troupes russes à Donetsk a échoué. Parce que la Russie n’ose pas commencer la véritable guerre avec l’Ukraine, et sans l’interférence et le soutien des autorités locales, les séparatistes semblent impuissants et se portent comme des simples voyous.

Cela fait déjà presque trois semaines qu’ils brisent des vitres, enfoncent des portes, entrent dans des cabinets, piétinent des drapeaux ukrainiens, pourtant cette tactique n’a pas abouti jusqu’à présent. Des agresseurs ont attaqué l’administration de Donetsk, le parquet régional, le Service de sécurité d’Ukraine et même le bureau d’une entreprise « Alliance industrielle de Donbass », mais à chaque fois l’assaut était non concluant. Il paraît que des extrémistes n’aient aucun plan d’action concret.

La différence majeure entre les événements récents à Kyïv et les protestations pro-russes à Donetsk consiste en l’absence de tout algorithme évident chez les derniers. Apparemment, le plan était d’imiter Maïdan et en réponse à toute reproche dire : « Ils ont le droit, et nous alors ? », mais il a été condamné à l’échec dès le début. Les gens sur Maïdan ne brûlaient pas les drapeaux de leur pays. Tout comme les gens à Donetsk, ils avaient la rage envers le gouvernement, pourtant ils ne se permettaient que le mépris de la symbolique du Parti de leurs opposants. Les manifestants à l’Est ont pour but d’humilier et de railler l’État ukrainien, en déguisant leur désir sous forme de rejet de Yatseniuk. Le pays où ils ont vécu plus de 20 ans. Le pays, dont les armoiries et le drapeau se trouvent sur leurs passeports. C’est contre le pays que leur agression est orientée. On sent dans leurs discours non pas la haine envers les politiques mais envers les simples citoyens des autres régions ukrainiennes. Pendant que Maïdan défendait le droit de chacun à la liberté, l’anti-maïdan de Donetsk vise à étrangler la liberté de la minorité. Les punir pour leur différence.

Le seul but de Maїdan à Kyïv était de créer une nouvelle Ukraine. Les séparatistes soviétiques de l’Est détruisent mais ils ne créent pas. Leur but est le désarroi, le chaos, la destruction. L’annexion d’une région dépressive et épuisée au cadavre puant de l’URSS. La révolution ukrainienne qui a eu lieu en février 2014, a ouvert des abcès mûrissants depuis des années sur le corps de l’État. L’un d’entre eux est la question nationale dans les régions où la partie intégrante de la population est soviétique. Non pas russophone ou russe mais soviétique. J’espère que la différence est évidente.

Des Soviets ont régi notre pays pendant longtemps. Puisqu’il appartenait à eux, ça paraissait absurde de le détruire. Des présidents, des premiers ministres, des députés, des maires étaient soviets. Ils étaient propriétaires de l’Ukraine qu’ils disposaient à leur gré. Bien sûr, leur pays ne songeait pas à l’indépendance et était toujours le complément du grand pays soviétique. Du pays-mère auquel il était attaché par un cordon ombilical. Avant 2000 les chaînes de télévision ukrainiennes présentaient des émissions d’information russes. Sur « Inter » (ndt. chaîne de télévision ukrainienne) on pouvait toujours regarder l’émission russe « Vremya ». La nuit du Nouvel An on diffusait les salutations du président russe.

L’année 2004 a bien effrayé les Homo Sovieticus mais ne les a pas expulsés. Donc, après avoir essayé de détraquer la situation, ils se sont calmés. Ils ont compris que l’Ukraine leur appartenait encore, que Iouchtchenko n’était pas assez fort pour les détrôner. Les Homo Sovieticus ont pris leur revanche déjà l’année suivante, en ramenant au pouvoir leur candidat principal. Cinq années plus tard après la défaite, ils ont assuré le succès. Pour toujours, selon eux. Mais maintenant ils ont compris qu’ils ont perdu définitivement. Que leur confortable et silencieuse République socialiste soviétique d’Ukraine conquise n’existe plus et ce, à jamais. La deuxième revanche n’est pas possible. Donc, ils ont arrêté de faire semblant d’avoir besoin d’Ukraine. Elle n’est plus à eux.

Donetsk, comme le rempart principal de l’esprit soviétique s’est retrouvé en tête du mouvement séparatiste. Les forces pro-russes ont été ici très intolérantes et hostiles envers leurs adversaires politiques. La semaine dernière, une des batailles a enlevé la vie d’une personne. C’était Dima Tsherniavsky, un manifestant pacifique qui avait irrité les activistes parce qu’il ne voulait pas l’introduction des troupes russes à Donbass.

L’agression et la haine sont des compagnons inséparables des Homo Sovieticus. Ceux-ci diffusent cette haine et agression à Donetsk. En perdant le pouvoir ils s’agitent et passent leur colère sur tout ce qui aurait un moindre lien avec l’Ukraine. Des extrémistes pro-russes pensent qu’ils font la même chose que les manifestants à Kyïv. Pourtant, leurs actions manquent d’un élément essentiel – la création.

Le seul but de Maїdan à Kyïv était de créer une nouvelle Ukraine. Les séparatistes soviétiques de l’Est détruisent mais ils ne créent pas. Leur but est le désarroi, le chaos, la destruction. L’annexion d’une région dépressive et épuisée au cadavre puant de l’URSS. Étant le produit du passé, ils traînent dans le passé tout ce qui les entoure et s’y plongent eux-mêmes. L’atmosphère de leurs manifestations, où l’on voit des drapeaux rouges et on entend les chansons d’Alexandre Khartchikov (ndt. chanteur-compositeur russe connu pour ses chansons nationales-communistes et antisémites. Il est considéré comme un héros et un ultra-patriote par des groupes de néonazies, de nationaux-communistes et de néostalinistes en Russie) et de Janna Bitchevskaïa (ndt. chanteuse russe. Son répertoire compte plusieurs centaines de chansons, dont le contenu est spirituel, religieux, social ou patriotique. Dans beaucoup de ses chansons Bitchevskaïa exprime son attirance pour la monarchie et les valeurs traditionnelles, et son aversion contre l’Occident) , fait naître le désespoir et donne le désir de se laver au plus vite. Les discours nostalgiques des orateurs ne laissent pas de doutes : les manifestations à Donetsk sont pour le passé, non pas pour le futur. Elles sont aussi pour le retour vers la guerre froide, pour l’auto-isolation, pour l’amitié avec la Corée du Nord. Ceux qui sont contre souffrent. Ils sont battus, tués, réprimés.

Toutefois, sans l’intervention du chef de tous les Homo Sovieticus Vladimir Poutine, les efforts séparatistes de Donetsk ne valent pas un clou. Et c’est aussi une différence entre les discours destructifs à l’Est et Maїdan à Kyïv qui a vaincu  Ianoukovytch grâce au courage et la fermeté des manifestants. Les Homo Sovieticus sans le soutien des « hommes verts » se sont transformés en hommes bleus de trouille. Si le pouvoir le désire, on peut les calmer sans problèmes à l’aide de quelques policiers.

Malheureusement, peu d’entre eux se rendent compte qu’ils jouent le rôle des décorations dans le spectacle politique d’un chef russe. On a besoin d’eux autant longtemps que le spectacle dure.


Source : tyzhden.ua

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