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/Par Arseniy Troian, journaliste biélorusse/
/Article paru le 14 avril 2014 sur Oukraïnska Pravda/

/Traduit par Oksana Kantaruk Pierre/

"Kharkiv c'est l'Ukraine" Source de la photo : vremya.eu

« Kharkiv c’est l’Ukraine »
Source de la photo : vremya.eu

Le 8 avril au matin à Kharkiv, la situation avec les séparatistes s’est stabilisée : les manifestants avec des rubans noirs et oranges (ndt. les rubans sont associés à la victoire pendant la Seconde guerre mondiale, avec l’armée de Gueorguiev) se baladent autour du bâtiment de l’administration régionale.

Dans le bâtiment de l’administration régionale, il n’y a plus de jeunes avec des battes de baseball mais les soldats de l’unité spéciale « Jaguar », et il paraît que le slogan « Valise-Gare-Russie » se soit réalisé.

Mais dès que « Jaguar » quitte le bâtiment, mon Facebook commence à s’alarmer : « attention, des hommes avec des rubans de Gueorgiev se rassemblent derrière le bâtiment de l’administration ».

Il apparaît que Kharkiv n’ait pas agi face aux séparatistes. Est-ce que cela signifie que la ville rêve de se retrouver sous l’aile de l’aigle russe ?

Non. Dès le début Kharkiv a participé à la révolution. Dès que les premiers manifestants sont sortis dans les rues de Kyiv, Pylypets (ndt. un des activistes du Maïdan de Kharkiv) avec quelques dizaines de manifestants se sont rassemblés place Svoboda et ont dit être déterminés à rester jusqu’au bout.

Pendant toute la révolution, il y a eu des manifestations à Kharkiv. Elles rassemblaient quelques milliers de personnes. C’est un peu honteux pour une ville comptant un million d’habitants. Mais, malgré le temps, les températures, les provocations, les intimidations, les menaces de se faire arrêter, les manifestations pacifiques ont eu lieu tous les jours à 18 heures en semaine, et à 12h le week-end. Elles se sont transformées en manifestations artistiques en invitant des personnalités comme Zaboujko (ndt. une écrivain primée en Europe), les frères Kapranov (ndt. deux frères jumeaux, écrivains, éditeurs et chanteurs), Skrypka (ndt. un artiste musicien), Zhadan (ndt. poète, écrivain), « Gaydamaky » (ndt. un groupe de musique).

La ville a enlevé cette couverture soviétique et a montré à toute l’Ukraine : Kharkiv c’est l’Europe !

Mais pour conclure, il faut dire qu’il n’y aurait pas eu de séparatisme dans la ville de Kharkiv si, au moins, la moitié de ces habitants étaient sortis la défendre. L’indifférence, la peur, le « je-m’en-foutisme » sont les raisons principales du désordre dans les rues de la ville. Cependant quand il y a eu des agressions, le Maïdan de Kharkiv n’a pas pu résister. Durant mars-avril, les manifestants pro-maïdan se sont fait tabasser et humilier. Et bien sûr, la police n’y était pas, plutôt se tenait à côté.

Qu’est-ce qui a été fait pour sécuriser ou résister en cas d’agressions ? On continuait à organiser des actions culturelles mais dès que la menace des violences était proche, on annulait les manifestations. Mais le gens se réunissaient malgré tout et se faisaient attaquer.

Il suffit de se souvenir de ce cirque organisé par la police de Kharkiv : la vidéo montrant clairement un « titoushka » (ndt. des jeunes des milieux sportifs et criminels utilisés par les anciennes autorités pour intimider, agresser et humilier les manifestants pro-maïdan) laisser tomber un couteau a fait le tour d’Internet. Et dans ces histoires avec les séparatistes, la police y est pour quelque chose.

Peut-être, Maïdan s’est passé trop rapidement. Kharkiv étant une grande ville avec un taux élevé de population « zombifiée » par la propagande n’a pas su se réformer dans un délai aussi court, n’a pas su se libérer de cette peau provinciale.

Comme résultat nous avons des étudiants battus violemment le 1er mars devant le bâtiment de l’administration régionale, et les séparatistes. En un mois, l’auto-défense ne s’est pas organisée efficacement, n’a pas défini un chef. Le 7 avril les membres de l’auto-défense se sont enfuis et pourtant ils étaient plus nombreux.

Je n’accuse personne. Moi aussi, je me suis enfui ce jour-là ayant reçu une balle en caoutchouc dans l’épaule. Je veux juste donner un conseil : il faut se reformater.

Aujourd’hui, Kharkiv est ce point de contrôle qui défend toute l’Ukraine. Les élections sont encore loin. Les provocations seront nombreuses, il n’y a pas de doute.

Mais pour conclure, il faut dire qu’il n’y aurait pas eu de séparatisme dans la ville de Kharkiv si, au moins, la moitié de ces habitants étaient sortis la défendre. L’indifférence, la peur, le « je-m’en-foutisme » sont les raisons principales du désordre dans les rues de la ville.

J’avais honte de voir que pendant les affrontements entre les manifestants et les « titoushki » il y avait deux fois plus de spectateurs figés de peur.

Même avec tous les défauts des autorités, sans une résistance physique importante, 30-40.000 de manifestants, un chiffre réaliste pour cette ville, auraient suffi pour faire fuir les séparatistes jusqu’à Magadan.

Donc, à Kharkiv Maïdan vient de commencer.


Source : pravda.com.ua

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